Delphine Thivet

Delphine Thivet

Maîtresse de conférences en sociologie et directrice adjointe du Centre Émile Durkheim de 2019 à 2021

Quel est ton parcours et comment es-tu devenue chercheuse ?

J’ai d’abord soutenu une thèse de philosophie à l’Université Paris 1 portant sur le concept de guerre dans l’œuvre de Thomas Hobbes, dont a résulté en 2010 la publication d'un ouvrage aux Presses universitaires de France. Dans ce travail je me suis efforcée me distancier d'une histoire de la philosophie souvent (et paradoxalement) "déshistoricisée", en ré-encastrant la discussion philosophique dans les débats sociaux, politiques, juridiques, et théologiques de la société anglaise et plus largement des sociétés européennes du XVIIe siècle. À cet égard, la recherche historique et le dépouillement d’archives ont constitué un moment important de mon travail de recherche. Au cours de la préparation de ma thèse de philosophie, j’ai en outre effectué un séjour de recherche d’une année au Peace Research Institute, à Oslo en Norvège. J’ai ainsi pu faire dialoguer mes propres recherches en histoire de la philosophie avec les Peace research studies et un ensemble de recherches sur les mutations contemporaines des conflits armés, le peace-building, ou encore l’"éthique de la guerre".

À l’issue de mon doctorat, j’ai été associée en tant qu’ingénieure de recherche à deux programmes interdisciplinaires à l’Université Paris Descartes et au CNRS, incluant notamment – outre des philosophes et des juristes – des sociologues, ce qui a nourri mon envie de m’investir plus avant dans les sciences sociales. C’est ainsi qu’après un Master 2 à l’EHESS, je me suis engagée dans une thèse en sociologie. Le désir de m’investir
intellectuellement dans l’exploration d’un objet
"transnational" m’a conduit à m’intéresser à la construction d’un mouvement paysan international
(La Via Campesina). Cette seconde thèse a reposé
sur une enquête à la fois socio-historique et
multi-située auprès de syndicats paysans et de mouvements de "sans terre" en France, au Brésil
et en Inde. Ces terrains pluriels ont consolidé mon
goût pour la comparaison internationale dans mes
recherches. J’ai ensuite investi d’autres champs
de recherche à l’occasion de contrats postdoctoraux, notamment les usages du droit de la non-discrimination dans l’emploi des personnes en situation de handicap (Centre Maurice Halbwachs-EHESS, EHESP) et, dans le cadre d’une contribution à une histoire globale et comparée de la représentation des travailleurs, la représentation politique des paysans et travailleurs ruraux dans l’Inde coloniale (Centre d’Études de l'Inde et de l’Asie du Sud).

Quels sont tes objets de recherche ? Sur quoi travailles-tu ?

Mes objets de recherche principaux concernent les mobilisations sociales et politiques, plus particulièrement dans les mondes ruraux et dans une perspective comparée Nord-Sud. Depuis deux ans, j’ai réalisé plusieurs enquêtes au Bengale Occidental dans le cadre du Laboratoire International Associé SPINPER "Sociologie des Élus Nationaux et Régionaux du Raj à l’Union Indienne Contemporaine" en partenariat avec
le CDSP, le CERI et l’Université d’Ashoka, Inde (2018-2021). Suite à l’obtention cette année d’un co-financement de la Région Nouvelle-Aquitaine
et de l’ADEME (programme "Trajectoires de Transition en Agriculture en Nouvelle-Aquitaine" TRANSAGRINA), mes prochaines recherches dans les trois années à venir vont surtout concerner les pratiques agroécologiques émergentes en contexte de changement climatique.

Peux-tu nous parler de ton quotidien de chercheuse ?

Étant enseignante-chercheuse, mes activités de recherche me paraissent souvent difficiles à concilier avec les tâches pédagogiques au quotidien et le calendrier très contraint de l’institution universitaire. Je participe toutefois régulièrement à des séminaires et des journées d’étude. Dès que les enseignements sont terminés au second semestre, j’apprécie d’avoir davantage de temps pour pouvoir me consacrer au travail de terrain, à l’analyse des matériaux empiriques, et à l’écriture de publications scientifiques. Autant de tâches qui enrichissent en retour mes activités d’enseignement.

Quels sont tes projets pour l’avenir ?

Depuis le 1er octobre dernier, suite à la confiance que m’ont accordée mes collègues pour remplir cette mission, j’assure la direction adjointe du Centre Émile Durkheim et découvre les différentes dimensions de la vie d’un laboratoire de recherche. Je suis consciente que cette responsabilité au service du collectif est très chronophage et espère trouver le "bon équilibre" pour qu’elle ne s’accomplisse pas au détriment de mes autres missions d’enseignement et de recherche. Côté recherche, j’espère pouvoir poursuivre des coopérations scientifiques et des enquêtes de terrain en Inde et au Brésil.

<< Autant de tâches qui enrichissent en retour mes activités d’enseignement.

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Publié le 27 janvier 2022
Dernière modification le 10 mars 2022