
David Desmartis
Doctorant en sociologie
David Desmartis débute une thèse de sociologie intitulée : Analyse comparée des actions publiques contre le décrochage et pour la persévérance des étudiants en France et au Québec, dirigée par Joël Zaffran.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je m’appelle David Desmartis. Je suis originaire du village de Larressore, au Pays Basque. Je suis une personne en situation de handicap, atteinte d’une paralysie cérébrale, ceci se traduit par une difficulté à coordonner mes mouvements et des problèmes d’élocution.
Scolarisé dans un milieu ordinaire à partir de 15 ans, en 5e, j’ai obtenu mon baccalauréat en Sciences économiques et sociales en 2008 à Biarritz. Je me suis passionné pour la société et les personnes, je me suis inscrit à la faculté de sociologie en septembre de la même année. Ce que j’aime dans la sociologie, c'est la compréhension des personnes, en effet, sans elles, nous ne sommes rien, ceci amène à devoir être humble et curieux envers elles.
Pouvez-vous nous parler du sujet de votre thèse ? Nous en dire quelques mots ?
En deuxième année de sociologie, ma promotion a effectué une recherche sur les étudiants. Ce sujet m’a beaucoup intéressé, car nous avons vu que beaucoup d’étudiants éprouvaient des difficultés dans leurs études.
Après un mémoire sur l’émergence des écoquartiers en Europe, durant ma troisième année de Licence, j’ai effectué des recherches en Master 1 et Master 2 sur les étudiants. La première portait sur les relations entre l’expérience étudiante et la manière dont ils jugeaient leurs enseignements à l’université.
Sous la direction de Joël Zaffran, ma deuxième recherche était une comparaison sur l’entrée dans la vie adulte entre les étudiants français et québécois et l’influence sur leurs valeurs dans leurs études. Durant mon parcours, j’ai effectué deux échanges universitaires, à l’Université Laval à Québec, le premier durant la troisième année de licence et le deuxième durant mon Master 2.
Ceci a nourri le projet de me lancer dans une thèse, sous la direction de Joël Zaffran, avec pour sujet les actions publiques dans les universités de Bordeaux et de Laval contre le décrochage et pour la persévérance des étudiants.
Mon intention de recherche est de voir comment les discours narratifs, les représentations, la culture, des deux pays, et les enjeux sociaux et économiques influencent les actions publiques au chevet de la réussite des étudiants. Mon objet de recherche est bien sûr en construction. Je prévois de repartir au Québec pour effectuer une partie de mon terrain.
Qu’avez-vous fait avant de vous lancer dans la recherche ?
En dehors de l’université, je suis assez curieux pour être actif. Je suis passionné d’arts et de musique, de théâtre, de danse et de rencontres. À ce titre je fais parti de trois associations culturelles. La première est une association qui s’appelle Accord. Elle a vocation à faire venir de l’art vivant dans le milieu rural au Pays basque. Pendant plus de 20 ans cette association a entre autre organisé un festival, de théâtre au mois d’août, dans la villa d’Arnaga d’Edmond Rostand, ce fut une belle expérience pour moi. On accueillait aussi bien des pièces classiques que des pièces contemporaines.
La deuxième association s’appelle Ezkandrai qui organise chaque année un festival qui se nomme Errobiko Festibala. Celui-ci a pour but de mélanger création culturelle et conférence-spectacle. Nous avons reçu différents poètes et écrivains, notamment le poète et philosophe Edouard Glissant. Cette rencontre s’est révélée déterminante pour moi, en grande partie grâce à sa philosophie poétique des relations et des identités en réseau, qui m’a profondément inspiré, notamment pour interroger les enjeux des nations et les dynamiques de devenir du monde. Sa philosophie de la relation est essentielle pour penser nos interactions plutôt que de construire des murs. Ainsi la phrase d’Edouard Glissant : Je peux échanger avec l’autre sans me perdre ni me dénaturer me parle et j’aime bien proposer de rajouter bien au contraire car nous sommes tous composites. Ces écrits me parlent beaucoup aussi pour aborder la société québécoise. En effet, celle-ci se rend compte de plus en plus qu’elle est créolisée, notamment avec les Premières Nations. Comme toute créolisation il y a une part de lumière et une part d’ombre.
La troisième association est une compagnie de théâtre et de création, créée par des amis qui m’ont fait l’honneur d’en être le président. Depuis 2014, je participe à la gouvernance d’un tiers lieu dans la commune de Cambo-les-Bains qui a pour vocation, à la fois d’accueillir des artisans et de proposer des spectacles et des rencontres culturelles.