Une nouvelle direction pour le Centre Émile Durkheim

Depuis le 1er janvier 2026, une nouvelle équipe a pris les rênes du Centre Émile Durkheim : Caroline Dufy en assure la direction, accompagnée de Romain Delès et Renaud Hourcade à la codirection. Un trio engagé pour ouvrir un nouveau chapitre scientifique et collectif.

Caroline Dufy : Je suis professeure de sociologie à Sciences Po Bordeaux depuis deux ans, après avoir été maître de conférences en sociologie depuis 2011. Mon travail de recherche s’est construit à la frontière de la sociologie économique, de l’économie politique et la sociologie des relations internationales, autour de la circulation des marchandises, du commerce, et des formes de leur régulation dans les économies capitalistes.

Mon approche est appuyée sur les travaux de terrain que j'ai menés notamment en Russie, en Asie centrale, et plus récemment en France sur l’agriculture, le commerce international des denrées agricoles et les questions monétaires et financières. Depuis quelques années, mes travaux évoluent pour intégrer la question des conflits, notamment dans le cadre de mon HDR soutenue en 2019.

Parallèlement à ce travail de recherche, je me suis engagée il y a quatre ans dans des responsabilités collectives au sein de l’université de Bordeaux, en tant que directrice adjointe d'une structure de recherche regroupant plusieurs unités en SHS, le département Changes. Auparavant j'avais exercé des fonctions collectives à Sciences Po Bordeaux, telle que chargée de mission pour l'égalité des genres, outre ma participation continue aux diverses instances de l'établissement tout au long de ma carrière. 

M'investir au sein du département Changes est né d’une envie de mieux saisir l'évolution de l'environnement académique, marqué entre autres par la bureaucratisation des procédures et le renforcement des contraintes financières, et ce dans le but de développer des marges d’action collectives.

C'est aussi ce qui a soutenu ma volonté de m'engager à la direction du Centre Emile Durkheim. Les difficultés traversées par le laboratoire l’an dernier m'ont confortées dans cette perspective : elles ont rendu visibles la fragilité de notre environnement de travail, l’importance de l’engagement collectif pour la sérénité de la recherche et ont permis de mesurer les efforts engagés par la direction précédente pour préserver ces conditions de travail.
C'est donc avec enthousiasme que je m'engage aujourd'hui dans cette nouvelle aventure avec le cadre solide et partagé qu'offre la direction collégiale que nous avons constituée avec Renaud et Romain, et avec le soutien précieux de toute l'équipe administrative du laboratoire.

Les chantiers sont nombreux :  la reformulation du projet scientifique du laboratoire, la visibilité des travaux de ses membres et le renforcement de l’internationalisation, projet qui me tient à cœur en dépit des vents contraires du temps présent. 

Romain Delès : Je suis maître de conférences en sociologie à l’Université de Bordeaux, rattaché à l’INSPE (institut de formation des enseignant·es) depuis 2017 et en délégation à l’Institut Universitaire de France depuis 2022. Après avoir travaillé sur les questions éducatives (inégalités scolaires, politiques éducatives, comparaison des systèmes d’enseignement supérieur, entrée dans l’emploi des diplômé·es), mes objets de recherche sont désormais liés aux inégalités de genre (politiques familiales et politiques de genre, répartition du travail domestique et parental, écarts de performances scolaires filles/garçons, socialisation au genre des enfants, masculinités). Je soutiens mon HDR sur ces thématiques à Sciences Po Paris le 2 février prochain.

Ma participation au conseil de laboratoire (depuis 2022) m’a permis de prendre conscience des enjeux d’organisation des activités de recherche. J’ai pu comprendre les difficultés que nous rencontrions (en particulier en termes de charge de travail des gestionnaires, d’expériences de thèses sous contraintes COVID, de transformations plus générales de nos environnements de recherche) mais aussi les leviers que nous avions dans l’implication et le soutien aux différents membres (doctorant·es, ITA, titulaires). Suite à la « crise » rencontrée par le labo au début de 2025, j’ai participé à de nombreuses discussions avec des acteurs et actrices divers de notre structure. S’en est suivi la construction d’un projet avec Caroline et Renaud, qui sont deux personnes formidables, avec une grande expérience du fonctionnement de la recherche et un vrai sens du dialogue. C’est aussi cette bonne ambiance de travail entre nous, et ça compte beaucoup, qui m’a encouragé à l’engagement.

Renaud Hourcade : Je suis chercheur CNRS au CED depuis 2021, où je mène des travaux sur la sociologie des politiques publiques environnementales (pollutions et risques, transitions écologiques, adaptation au changement climatique…). J’enseigne également à Sciences Po, principalement dans le Master « Gouverner les Transitions Ecologiques ». Je siège au Conseil de laboratoire depuis mon arrivée, et j’occupe également la fonction de « référent Transitions ».  L’engagement collectif fait pleinement partie de métier de chercheur pour moi, car nos organisations ne peuvent fonctionner correctement que si cet engagement existe, et parce que je mesure la chance que nous avons de nous auto-administrer encore assez largement… J’ai eu envie de rejoindre la direction pour y contribuer plus directement, dans un contexte que la direction précédente a réussi à rendre plus serein, et parce que j’ai une grande confiance dans l’énergie et les compétences des deux autres membres de notre trio. Le projet d’œuvrer à rendre nos travaux plus visibles, d’en défendre la richesse et l’utilité, me motive particulièrement, tout comme l’ambition de contribuer à maintenir des conditions de travail agréables et productives pour toutes et tous. 

Notre projet de direction est pour la première fois dans l’histoire du labo porté par une directrice et deux directions adjointes. Nous avons proposé cette organisation pour répondre avant tout à ce que nous avions identifié comme étant une fragilité de la structure : la tâche de direction très lourde et centrée sur « le plus urgent » ne permettait pas de mener certains chantiers de long terme. Par ailleurs la période difficile traversée en 2025 a montré le coût humain que peuvent avoir ces missions dès lors que quelque chose grippe la machine… Etre trois pour permettra de mieux encaisser d’inévitables secousses. Nous souhaitons mettre en oeuvre un fonctionnement le plus collégial possible (où chacun a connaissance des dossiers et prend part aux décisions) organisé néanmoins selon trois grands pôles où chacun.e suit certains dossiers de plus près : Caroline pour l’administration générale, les relations avec les tutelles et les carrières, Renaud pour le projet scientifique, les partenariats, la communication et la médiation, Romain pour l’intégration des doctorant.es, les relations avec l’ED et les enjeux du site Victoire.

Le CED a énormément d’atouts, à commencer par le dynamisme de ses membres, qui est impressionnant, et largement reconnu sur le site bordelais et par nos tutelles. Toutefois, le paysage de l’ESR reste instable. Le spectre de la « dés-UMRisation » qui peut toucher même des labos dynamiques, et la perspective qu’on ne peut écarter de changements politiques nationaux, pèsent sur notre avenir à moyen terme. Il faut donc rester en ordre de bataille, en conservant, voire renforçant, la capacité de notre laboratoire à produire des recherches originales, en prise avec des enjeux sociétaux majeurs, et qui contribuent à faire progresser les connaissances et le débat dans les sciences sociales. Nous devons également réussir à faire vivre nos productions et nos savoirs au-delà des mondes académiques.  

Pour y parvenir, l’enjeu le plus immédiat est certainement de trouver une solution aux difficultés gestionnaires récurrentes et veiller au bien-être de tous les collègues. Nous avons retrouvé de la sérénité avec l’arrivée de Sophie Philippot au secrétariat général et de Nicole Lun en soutien administratif, mais nos ressources en agent.es de soutien à la recherche restent globalement insuffisantes au vu de l’intensité de nos activités… C’est un point de vigilance majeur. Par ailleurs, certains signaux de baisse des financements vont peut-être conduire à réfléchir ensemble à la meilleure répartition des ressources communes, là où l’aisance financière des dernières années avait éloigné cette question. Enfin, nous sommes un laboratoire qui grandit. On ne peut que se réjouir de cette attractivité, mais elle suscite également des contraintes sur nos financements, nos locaux et nos équipes de soutien. Il y aura sans doute un équilibre à trouver entre croissance et bien-être.

Un autre enjeu tient à nos identités et notre organisations collectives. La dynamique des axes est cyclique et nous arrivons certainement à la fin d’une période. Un chantier s’ouvre donc pour redessiner ensemble des cadres communs stimulants, définir les questions qui nous portent et tirer tout le profit de dynamiques collectives.

Enfin, nous sommes un laboratoire qui investit énormément dans la formation par la recherche. Cette attention aux apports et au rôles des doctorant.es doit continuer à se traduire dans des soutiens financiers adaptés, une vigilance pour leurs conditions de travail, qui restent parfois imparfaites, et une attention pour les débouchés de l’après-thèse.

Nous pensons à un orchestre : les musicien·nes sont excellent·es, et la direction précédente a fait tenir l’ensemble de l’orchestre malgré des conditions difficiles. Nous, on arrive avec une nouvelle partition et un tempo plus contraint…



Publiée le 7 janvier 2026

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