Renaud Hourcade

Renaud Hourcade

Chercheur CNRS en science politique

Quel est ton parcours et comment es-tu devenu chercheur ?       

Après mon bac, je me suis inscrit à l’université de Pau en AES, dans l’idée de prolonger le parcours ES du Lycée qui m’avait bien plu. Après la maîtrise il a fallu choisir, mais je n’avais pas d’idée très précise. J’ai choisi un Master 2 de politiques culturelles à l’université de La Rochelle. Une formation qui m’a beaucoup apporté, mais après plusieurs stages j’ai conclu que même dans le milieu culturel l’administration restait de l’administration et que ce n’était pas ce que je souhaitais faire. J’ai fait une pause d’un an pour voyager, entrecoupée de petits jobs, puis je me suis inscrit dans le Master de sciences politiques de l’IEP de Rennes. J’étais curieux de découvrir cette discipline. À Rennes, je me suis pris au jeu d’essayer d’avoir le plus haut diplôme possible, par goût pour les études et les sciences sociales, et aussi sans doute pour régler son compte à la petite frustration d’avoir raté les concours de sciences po (Bordeaux et Toulouse), après la terminale. J’ai donc poursuivi jusqu’à la thèse. L’idée de devenir chercheur m’est venue au fur et à mesure, au fil du doctorat. Elle est assez logique quand on a découvert les immenses avantages de ce métier.

Quels sont tes objets de recherche ? Sur quoi travailles-tu ?

J’ai travaillé en thèse sur les politiques de la mémoire, plus précisément sur le rapport de nos sociétés à la mémoire de l’esclavage, tel qu’il se traduit dans des mobilisations collectives, des propositions muséographiques, des statues, des tabous aussi. Bordeaux était un cas d’étude… Il s’agissait d’interroger la part symbolique de l’État (les politiques symboliques) et les dynamiques de reconnaissance (au sens de Axel Honneth) liées à l’espace public, en comparant les contextes français « républicain » et anglais. En visionnaire, j’ai eu ensuite le sentiment que le sujet des mouvements noirs et des statues d’esclavagistes n’intéresserait jamais grand monde, alors j’ai changé radicalement de sujet. À l’occasion d’un postdoc au CURAPP d’Amiens, je me suis tourné vers l’étude des politiques publiques dans le domaine des contaminations toxiques et de l’environnement : comment est gouverné notre « monde chimique », quels sont les facteurs socio-politiques qui nous y maintiennent envers et contre tout, comment la science fait corps avec l’action publique par le biais de mesures, de normes, de surveillance, d’indicateurs. Je creuse le sujet depuis lors sur différents aspects : pollutions de l’eau, de l’air... J’essaye de construire une perspective comparative, notamment Nord-Sud. C’est le sens de l’ANR que je coordonne depuis janvier 2022 sur les politiques (et non-politiques) de la pollution de l’air dans les métropoles africaines et asiatiques, pour laquelle je conduis un terrain à Dakar. Je m’intéresse aussi à l’histoire des contaminations de l’environnement et de leur régulation, à travers une étude de cas du site gazier et chimique de Lacq, dans les Pyrénées, couvrant la période des années 1950 à aujourd’hui. Et comme j’ai du mal à refuser les collaborations, j’ai aussi quelques projets collectifs parallèles sur le verdissement contrarié de l’agriculture dans les îles, sur la précarité énergétique en Espagne et en Grande‑Bretagne, sur le climatoscepticisme ou même sur les politiques sociales de la CAF…

Peux-tu parler de ton quotidien de chercheur ?

Par rapport à d’autres occupations, il est défini par une assez grande liberté. Au CNRS, on est encore libre de définir ses projets de recherche, ses collaborations, et son rythme de publication. Mais ce n’est pas du tout un métier solitaire : les réunions de coordination de projets, de coordination de publications, de comités éditoriaux, d’organisation de séminaires, de suivi de doctorants sont quotidiennes. Le reste de la journée prend des formes différentes selon les urgences du moment : lecture de travaux à évaluer, écritures et réécritures de communications ou d’articles ou de projets, préparation de cours, analyses de données d’enquête quand il reste un peu de temps… Il n’est pas rare que la journée se poursuive d’ailleurs durant la soirée. Pour moi les moments d’enquête à proprement parler sont plutôt condensés sur le temps de missions (sur le terrain ou en archives).

Quels sont tes projets pour l’avenir ?

Je fais partie de ceux et celles qui trouvent un peu frustrant que nos compétences ne sortent pas davantage des labos et des revues scientifiques. Je suis tenté d’aider à changer cela, peut-être en participant davantage à des think tanks ou en écrivant dans des supports plus grand public. Mais le temps manque. Je voudrais aussi continuer à me former à de nouvelles méthodes. Je me suis assez vite lassé du systématisme du recours aux entretiens dans les travaux de science politique (français), et je suis donc en quête permanente d’autres méthodes… Ma plongée dans les archives pour l’étude de Lacq est une façon d’y répondre. Cela pourrait impliquer aussi de me mettre aux statistiques, ou de continuer à utiliser la QCA, une méthode de recherche qui enjambe la frontière entre quali et quanti, encore trop figée dans notre discipline.

Quels sont tes projets pour l’avenir ?

Dans l’idéal j’aime sortir en ville, au restau, dans les bars et les concerts ; et recevoir à la maison autour d’une bonne table. Dans la vie familiale réelle, ça reste plus facile à dire qu’à faire. Mais j’essaye de garder le rythme. Pour le grand air, j’ai mes bases arrières dans le Béarn et toute la région bordelaise encore à découvrir. 

"Je fais partie de ceux et celles qui trouvent un peu frustrant que nos compétences ne sortent pas davantage des labos et des revues scientifiques. Je suis tenté d’aider à changer cela, peut-être en participant davantage à des think tanks ou en écrivant dans des supports plus grand public.

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Publié le 10 mars 2022
Dernière modification le 11 mars 2022