
Anticolonial, postcolonial, décolonial...
Réflexions critiques autour de la colonialité
Anticolonial, postcolonial, décolonial, ces concepts, ancien pour le premier, assez ou encore plus récents pour les second et troisième, sont aujourd'hui très courants. Le "décolonial" en particulier a attiré la polémique, notamment parmi les courants politiques conservateurs qui l'intègrent à leur lutte contre "l'idéologie woke" – qu'ils n'ont jamais définie. On peut être en désaccord avec les approches, ou certaines approches décoloniales mais il faut au moins en retenir qu'elles désignent une attitude de lutte ou de refus de la colonialité. Or il est difficile de contester la persistance de la colonialité au XXIe siècle. Mais certaines approches semblent limiter le monde au cas de l'Amérique latine, la naissance de l'expansion du capitalisme à 1492, et n'étudient plus guère les effets du système-monde capitaliste dans les périphéries en centrant tout sur la lutte contre un "Occident" jamais défini. Faut-il alors soutenir tout ce qui est "anti-occidental"? On peut donc être en faveur d'une approche décoloniale sans accepter tout ce qui est dit à ce titre.
Michel Cahen
Historien de la colonisation, directeur de recherche émérite du CNRS à Sciences Po Bordeaux/Les Afriques dans le monde.
Il est l'auteur de Colonialité. Plaidoyer pour la précision d’un concept (Paris, Karthala, 2024).