
Pascal Marichal, chargé de recherche CNRS rejoint le Centre Emile Durkheim.
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je suis chercheur au CNRS. Je me définis comme historien et sociologue des sciences et du travail, mais je me sens aussi proche de nombreux travaux et collègues en science politique et en anthropologie. J’ai également un diplôme d’université en astronomie, délivré par l’Observatoire de Paris.
Quel est ton parcours et comment es-tu devenu chercheur ?
Mes parents, aux origines multiples, m’ont transmis un goût pour les langues étrangères et les voyages. A l’école, j’étais un élève qui n’arrivait pas bien à choisir s’il était « littéraire » ou « scientifique », une distinction très française. J’étais un grand lecteur de romans et j’avais envie d’écrire des livres, mais j’étais aussi fasciné par les grands mystères de l’astrophysique. J’ai suivi une classe préparatoire B/L puis j’ai eu la chance de rentrer à l’École Normale Supérieure. J’y ai erré quelque temps de discipline en discipline, jusqu’à découvrir les stages de terrain ethnographiques et ma vocation de sociologue. Ma thèse a aussi été l’occasion de découvrir les archives et de me passionner pour l’histoire, l’idée que le présent ne prend véritablement sens que lorsqu’il est intégré dans une trame narrative du temps long. Cette complémentarité entre archives et ethnographie est quelque chose qui me tient à cœur. Après un post-doc, les étoiles se sont à nouveau alignées pour moi lorsque j’ai été recruté au CNRS. Je me rends compte tous les jours de la chance que j’ai de pouvoir exercer un métier que j’aime dans de bonnes conditions.
Quels sont tes objets de recherche ? Sur quoi travailles-tu ?
J’ai toujours eu une grande variété d’objets qui m’intéressaient mais on peut dire que j’ai deux grandes périodes dans ma carrière : de 2006 jusqu’à 2019, j’ai travaillé principalement sur les questions de conditions de travail, les problèmes de santé liés à l’activité professionnelle ou à la pollution environnementale, et toutes les mobilisations syndicales et judiciaires y afférant. Ceci m’a conduit à étudier l’exercice de la médecine du travail et les débats autour des risques psychosociaux en France, les mobilisations d’ouvriers de verrerie industrielle dans la région de Lyon et les grands procès criminels de l’amiante en Italie.
Puis j’ai découvert les mobilisations collectives contre un projet de télescope géant sur une montagne à Hawai‘i, le Mauna Kea. C’était d’abord une simple curiosité, qui s’est tranformée en un projet à plein temps lorsque j’ai découvert des archives inédites qui m’ont permis de documenter l’histoire tumultueuse de la construction des télescopes sur ce site depuis les années 1960, dans un contexte de luttes anti-coloniales et environnementales. Le type d’histoire des sciences que j’affectionne est à l’intersection avec l’histoire environnementale et sociale, avec une forte composante ethnographique.
Je poursuis aujourd’hui avec une nouvelle recherche à la fois proche et différente, sur l’autre grand site mondial pour les télescopes optiques : les montagnes du nord du Chili. Je m’intéresse tout particulièrement à ce que veut dire faire de la science en tant qu’astronome ou ingénieur expatrié dans un pays qui connaît des soubresauts politiques extrêmement violents avec le coup d’État du 11 septembre 1973, qui a mis fin au gouvernement socialiste de Salvador Allende et installé la dictature militaire sanglante d’Augusto Pinochet.
Et en dehors de la recherche, quelles sont tes activités ou centres d’intérêt ?
Sans ordre particulier et selon l’humeur du jour, je dirais : la cuisine, le yoga ashtanga, les langues étrangères, le Pays basque, la Lozère, les bonnes histoires, les ciels étoilés, les bateaux à rame, les résistantes et résistants à l’injustice.
Propos recueillis le 2 septembre 2026
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