Côme Salvaire

Maître de conférences en sociologie et chercheur au Centre Émile Durkheim

Je suis sociologue de l’urbain et du politique. Depuis la rentrée 2025, je suis maître de conférences à Sciences Po Bordeaux et chercheur au Centre Émile Durkheim. Je suis également chercheur associé à Les Afriques dans le Monde.

J’ai la chance d’avoir eu, dès l’adolescence, une idée assez claire du secteur dans lequel je souhaitais travailler : l’éducation. Je ne savais pas quelle forme ça pouvait prendre, mais j’avais cette conviction assez forte, qui m’a suivi jusqu’à aujourd’hui. Au lycée, je m’intéressais beaucoup à la pédagogie, j’écrivais des prototypes éducatifs, je testais des outils d’apprentissage alternatifs.

Après mon bac, j’ai rejoint le campus de Sciences Po Paris à Reims. Mon année la plus formatrice fut celle que j’ai passée aux États-Unis, dans un liberal arts college que j’avais choisi pour son département de philosophie. Tout en poursuivant ma formation en sociologie et en anthropologie, j’y ai paradoxalement étudié des auteurs français, dits de la French Theory. Ces approches ont nourri mes réflexions sur l’éducation, mais elles m’ont aussi porté vers les villes par l’entremise d’un professeur kenyan, Samson Opondo, qui m’a sensibilisé aux études urbaines post-coloniales. Depuis la petite ville où j’ai grandi, je rêvais (littéralement) de villes immenses, et en commençant à les arpenter, à les étudier, j’y discernais des contre-généalogies politiques et des imaginaires sociologiques hétérodoxes qui m’intéressent encore aujourd’hui.

J’ai ensuite beaucoup hésité à me tourner plus directement vers l’éducation, soit par l’anthropologie, soit par le design. J’ai finalement rejoint l’École Urbaine de Sciences Po, à Paris. J’y ai rencontré des enseignants-chercheurs qui m’ont passionné, à commencer par Tommaso Vitale, et une communauté au sein de laquelle j’ai pu me structurer intellectuellement. À Lagos, j’ai marché dans les pas de Laurent Fourchard, et j’ai pu engager des enquêtes rapidement grâce au soutien de l’ONG Urbanistes du monde et de la direction du développement durable de Suez environnement. Je connaissais un peu l’Amérique latine du fait de mon histoire familiale, et j’ai aussi commencé à travailler sur Mexico, qu’étudiait mon autre directeur de mémoire, Patrick Le Galès. Avec eux, je me suis lancé dans une thèse au Centre de Recherches Internationales (CERI), pour comparer ces mégapoles au prisme des déchets.

En somme, en m’engageant dans une carrière d’enseignant-chercheur, j’ai eu l’opportunité formidable de réunir mes deux grands champs d’intérêt : l’éducation et les villes.

Je m’intéresse, de manière générale, à des enjeux de gouvernance complexes qui ont émergé dans les très grandes villes des Suds du fait de l’urbanisation, de la mondialisation et des restructurations des États. Par définition, les villes produisent des sociétés complexes et conflictuelles, et l’hypothèse par défaut de la science politique est que les problèmes publics qui en découlent participent, in fine, à la structuration d’institutions politiques de grande échelle. Or, dans certaines mégapoles contemporaines, ce n’est pas ce qu’on observe. On voit parfois des États qui gouvernent, mais on voit surtout des problèmes très complexes pris en charge par d’autres acteurs et institutions urbaines : réseaux clientélistes partisans, acteurs privés, guildes, seigneurs de rue, agences urbaines, etc. Ces organisations développent des modes de régulation relativement stables et autonomes qui ne sont basés ni sur la monopolisation des moyens de coercition, ni sur la formation de bureaucraties centrales — quoique ces dernières jouent aussi un rôle. J’essaye de mieux comprendre ces modes de régulation politique, qu’on a un peu oubliés, mais qui sont en fait assez classiques si on s’intéresse à l’histoire politique des villes.

Dans ma thèse, j’ai abordé ces questions au prisme des économies des déchets. À Lagos et Mexico, elles ont connu une expansion importante à partir des années 1980, liée à l’appauvrissement des quartiers populaires et à l’ouverture au commerce international. Elles ont charrié un ensemble d’enjeux liés au contrôle des espaces, de la violence, à la régulation du travail et la protection de l’environnement. Autour de ces enjeux se sont constituées des formes de régulation relativement autonomes vis-à-vis des États centraux, et qui ont participé à des processus d’autonomisation politique des deux mégapoles.

Plus récemment, dans le cadre de la recherche postdoctorale que j’ai menée au sein du laboratoire Les Afriques dans le Monde et à l’IRD, je me suis intéressé aux économies de la réparation au Nigeria. Je me suis fait recruter comme apprenti réparateur de pneus, afin d’étudier la guilde qui s’est structurée depuis une vingtaine d’années pour contrôler et réguler le secteur. Par un travail tant ethnographique qu’historique, je m’intéresse actuellement à ces guildes ou corporations de métiers qui redeviennent dans certaines villes des acteurs clés de la régulation du travail, de la gouvernance urbaine et de l’accès à la citoyenneté. J’ai récemment passé quelques mois à l’université d’Anvers, qui concentre des ressources historiques importantes sur le sujet.

De nombreux autres objets viennent se brancher sur ces questions : inégalités urbaines, métabolismes, durabilité, cultures matérielles, genre et masculinités, etc. J’ai aussi l’occasion d’expérimenter d’autres méthodes, par les recherches que je mène avec Julie Pollard sur les mouvements d’opposition à la construction de logements en région parisienne.

J’aime l’art textile, Pina Bausch et le football.


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Publié le 18 septembre 2025
Dernière modification le 22 septembre 2025