
Gwenn Birrier, doctorant en science politique, débute une thèse intitulée Pour la patrie ou la race ? Une comparaison socio-historique des rapports aux idéologies fascistes et à l’idéologie nationale-socialiste au sein du Rassemblement National et de l’Alternative für Deutschland sous la direction de Camille Bedock, co-dirigée par Hélène Camarade.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Gwenn Birrier, je suis doctorant contractuel en science politique au Centre Émile Durkheim. Sous la direction de Camille Bedock et la codirection d’Hélène Camarade, je travaille sur deux partis d’extrême droite européens contemporains et leurs héritages idéologiques, dans une perspective comparée entre la France et l’Allemagne.
Quel est votre parcours ? Qu’avez-vous fait avant de vous lancer dans la recherche ?
J’ai intégré Sciences Po Bordeaux en 2020. À l’occasion d’un semestre d’études Erasmus à l’Université de Trèves en 2022, j’ai pu approfondir mes connaissances de l’Allemagne, notamment de sa langue et de sa culture politique. L’année suivante m’a donné l’occasion de découvrir la recherche à travers un premier mémoire consacré aux systèmes politiques représentés dans la trilogie littéraire Le Seigneur des Anneaux.
Par la suite, en Master Science Politique et Sociologie Comparatives (SPSC), mon intérêt s’est déplacé vers l’étude des idéologies et des trajectoires militantes. Mon mémoire portait sur l’engagement au sein du Parti Communiste Marxiste-Léniniste de France (PCMLF), à l’époque où celui-ci était clandestin. Fondé sur des entretiens et des archives, ce travail m’a conduit à étudier la manière dont des militants s’approprient et transforment des héritages idéologiques dans un contexte de clandestinité. J’ai ensuite suivi une licence d’histoire à l’Université Bordeaux Montaigne afin de renforcer la dimension historique de mon parcours. Ce cursus complémentaire m’a permis de parfaire ma culture historique ainsi que mes compétences méthodologiques et pratiques en matière de recherche historique, notamment pour la consultation, l’analyse et l’exploitation d’archives. Ce cheminement m’a progressivement mené à mon projet doctoral actuel.
Pouvez-vous nous parler du sujet de votre thèse ?
Ma thèse part d’un paradoxe. Le Rassemblement National et l’Alternative für Deutschland sont devenus des acteurs centraux de la compétition politique dans leurs pays respectifs et cherchent, à des degrés différents, à se normaliser et à s’inscrire durablement dans le jeu institutionnel. Pourtant, les controverses relatives à leurs références historiques, à certains de leurs discours ou à leurs milieux militants n’ont pas disparu. Parce que ces deux partis n’ont ni la même histoire ni le même cadre institutionnel et mémoriel, leur comparaison ne vise pas à les assimiler, mais elle permet au contraire d’observer leurs différences ainsi que les variations qui traversent chacun d’eux.
Je ne cherche donc pas à décider globalement si le RN et l’AfD sont ou non « fascistes » ou « nationaux-socialistes ». J’étudie les rapports variables qu’ils entretiennent avec les idéologies fascistes et l’idéologie nationale-socialiste : comment certaines références sont reprises, transformées, codées, atténuées ou, au contraire, explicitement rejetées. Je fais notamment l’hypothèse que la normalisation électorale et l’institutionnalisation de ces partis ne font pas nécessairement disparaître ces héritages. Elles peuvent plutôt en modifier les usages et la visibilité, en les déplaçant par exemple des discours officiels vers des espaces locaux, militants ou numériques.
Pour mener cette enquête, je croiserai des archives, des programmes, des discours, des images, des contenus numériques et des entretiens. En France, je travaillerai notamment en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Nouvelle-Aquitaine ; en Allemagne, en Saxe et dans le Bade-Wurtemberg. L’objectif est de comprendre où, comment et par qui ces héritages liés au fascisme et au national-socialisme sont mobilisés, transformés ou mis à distance, selon les organisations, les territoires et les trajectoires militantes.
Propos recueillis le 9 septembre 2026
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