
Ayano Yonekura, doctorante en sociologie, débute une thèse intitulée Entre inclusion professionnelle et contraintes familiales : l’articulation travail-famille des travailleuses migrantes du care au Japon et en France sous la direction de Claire Schiff.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je suis actuellement en première année de doctorat, avec un contrat doctoral à l’IReSP. Je travaille sous la direction de Claire Schiff, à l’Université de Bordeaux, et en co-direction avec Wako Asato, de l’Université de Kyoto. Je suis japonaise et je suis venue en France en 2024 pour faire un master en SPSC à l’Université de Bordeaux.
Quel est votre parcours ? Qu’avez-vous fait avant de vous lancer dans la recherche ?
J’ai fait mes études de licence en culture comparée à l’Université de Tsukuba. En 2019, j’ai aussi passé six mois en échange à l’Université de Bordeaux, en sociologie. Après mes études j’ai travaillé pendant quatre ans chez Indeed Japon, dans le domaine du recrutement et de l’accompagnement des entreprises. J’ai surtout travaillé avec des entreprises dans les secteurs du care et de l’hôtellerie. Cette expérience m’a permis d’être directement confrontée aux réalités du marché du travail, et notamment aux difficultés rencontrées dans le recrutement de travailleurs étrangers au Japon, en particulier dans le cadre des nouveaux dispositifs d’accueil mis en place à partir de 2019. J’ai aussi été témoin de certaines évolutions de l’opinion publique au Japon, notamment de discours et de représentations assez négatifs à l’égard des étrangers. C’est à partir de ces expériences que j’ai commencé à m’intéresser davantage à ces questions et à envisager un retour dans le monde académique. J’ai donc décidé, en 2024, de reprendre mes études en master à l’Université de Bordeaux.
Pouvez-vous nous parler du sujet de votre thèse ?
Mon mémoire de master portait sur l’expérience professionnelle des travailleuses migrantes du care en France et au Japon, notamment les aides-soignantes en France et les kaigo fukushishi au Japon. Au cours de cette recherche, j’ai aussi remarqué que leur situation familiale différait assez fortement entre les deux pays. Cela m’a amenée à me demander comment le travail de care et les politiques qui l’encadrent peuvent influencer, voire limiter, la manière dont ces femmes peuvent concilier leur vie professionnelle et leur vie familiale. Je me suis donc dit que, pour comprendre le travail de care, il fallait aussi prendre en compte ce qui se passe dans la sphère privée, notamment la manière dont ces femmes organisent leur vie familiale et construisent différentes stratégies. Ma thèse porte donc sur la manière dont le travail de care professionnel s’articule avec leurs projets familiaux et leurs projets de vie, qui peuvent parfois se construire à distance et au-delà des frontières.