Benjamin Bürbaumer est maître de conférences en économie à Sciences Po Bordeaux et chercheur au Centre Émile Durkheim.
Spécialiste de la mondialisation et de l’économie politique internationale, il travaille notamment sur les normes et régulations techniques, le commerce international, la rivalité sino-américaine, mais aussi les finances publiques.
Il a publié récemment : Chine/États-Unis, le capitalisme contre la mondialisation (La Découverte, 2024) et co-publié, avec Nicolas Pinsard, The corporate welfare turn of state capitalism in France: Reassessing state intervention in the French economy, 1945–2022 (Economy and Society, 54(2), 2025.
Le 21 octobre dernier, il est intervenu à l'occasion d'un Café recherche à Sciences Po Bordeaux sur le thème : Taxe Zucman, comprendre les inégalités à travers les finances publiques.

Qu’est-ce que la Taxe Zucman dont on parle beaucoup depuis quelques semaines ?
C’est un nouvel impôt sur le patrimoine des ménages à l’extrême sommet de la distribution des richesses. En vertu de cette proposition d’impôt, une taxe différentielle de 2 % s’appliquerait aux foyers fiscaux détenant un patrimoine supérieur à 100 millions d’euros. La taxe ne concernerait donc que 1 800 foyers, soit les 0,01 % les plus riches, et devrait rapporter entre 20 et 25 milliards d’euros chaque année.
" La taxe Zucman vise donc à rétablir l’équilibre contributif
Le calibrage sur ces foyers fiscaux s’explique par le fait que la fiscalité française, exprimée en part du revenu économique, est progressive jusqu’aux 0,1 % les plus aisés. Ensuite, le taux devient régressif. Il en résulte une situation où les milliardaires contribuent deux fois moins, en proportion de leurs revenus, que le contribuable moyen. La taxe Zucman vise donc à rétablir l’équilibre contributif. Ce faisant elle entend par ailleurs tirer les leçons des failles d’anciens dispositifs comme l’impôt sur la fortune, dont l’efficacité était minée par de nombreuses possibilités d’exonérations.
Quel est l’intérêt de cette nouvelle taxe, notamment dans le contexte actuel ?
Ces derniers temps il est beaucoup question du déficit des comptes publics. En même temps, la pauvreté augmente et les écarts de richesse se creusent dans la population – sans même parler des ressources considérables nécessaires à la bifurcation écologique. Il y a donc à la fois des besoins sociaux, des déséquilibres budgétaires et la question environnementale, et chacun de ces défis exige des ressources fiscales.
Pouvez-vous nous présenter les critiques formulées à l’encontre de celle-ci par des économistes, d’une part, et par des acteurs politiques, d’autre part ?
La proposition a été critiquée pour ses possibles effets inattendus, notamment les pratiques d’évitement que les foyers concernés pourraient appliquer en changeant de domicile fiscal d’une part et la baisse de l’investissement d’autre part. Concernant le premier aspect, Gabriel Zucman mobilise des études empiriques démontrant un risque de fuite réel mais quantitativement négligeable, et associe à sa proposition un dispositif de contrôle des contournements.
Concernant l’investissement, il est à noter que sur ces dernières décennies le taux d’investissement ralentit tandis que la fiscalité sur le capital et le patrimoine diminuent nettement. L’investissement semble donc principalement déterminé par d’autres facteurs que la fiscalité, même s’il est vrai que la libéralisation des flux de capitaux favorise la mise en place d’une concurrence fiscale entre les pays.