Retour sur le Café recherche Cessez le feu, négociations : la paix est-elle en vue en Ukraine avec Caroline Dufy et Adrien Schu qui s'est tenu le 24 mars 2025

Les choix de Donald Trump peuvent-ils réellement ouvrir la voie à une résolution du conflit en Ukraine ?
Cela paraît improbable à l’heure actuelle. L’évolution de la politique américaine, de Biden à Trump, a certes permis de premiers échanges, mais ceux-ci portent sur des aspects limités (engagement à ne pas cibler d’infrastructures énergétiques ; cessation des combats en mer Noire). On est très loin d’une résolution du conflit lui-même et les obstacles à une telle résolution demeurent pour le moins substantiels : la Russie campe toujours sur une ligne dure, exigeant la fin du soutien occidental à l’Ukraine, une limitation de la taille des forces armées ukrainiennes, ainsi que la reconnaissance internationale des territoires annexés en 2014 et 2022. Le paradoxe est que l’intransigeance russe (sur les aspects centraux du conflit) pourrait bien être renforcée par la nouvelle politique américaine : les pressions américaines sur l’Ukraine rendent d’autant moins probables des concessions russes qu’elles peuvent donner l’impression d’une fenêtre d’opportunité pour Moscou en cas de réduction voire suspension de l’aide apportée par Washington. Dans ce contexte, on peine à voir ce qui ressortira des négociations menées par les Etats-Unis, au-delà d’actions ponctuelles et limitées. L’asymétrie des parties construite par l’administration américaine en amont des négociations place l’Ukraine dans une position de fragilité et les Européens dans une situation d’impuissance.


Un cessez-le-feu serait-il un véritable pas vers la paix ou une opportunité pour la Russie de se renforcer ?
Tout dépendrait des conditions de ce cessez-le-feu. La Russie demande une suspension de l’aide occidentale à l’Ukraine comme condition préalable d'un cessez-le-feu. Une telle mesure aurait évidemment comme conséquence d’affaiblir la position ukrainienne vis-à-vis de la Russie (l’Ukraine étant davantage dépendante de l’aide extérieure). C’est le risque des négociations portées par l’administration Trump : est-ce que celle-ci ne pourrait pas être tentée d’acquiescer à un accord donnant l’impression d’un succès diplomatique à court terme pour Trump (au détriment de la sécurité de l’Ukraine à moyen/long terme) ? La naïveté dont semble faire preuve l’administration Trump quant aux difficultés de régler la crise ukrainienne rappelle dans une certaine mesure la gestion du cas nord-coréen par Trump lors de son premier mandat : la mise en scène de la négociation avec Kim Jung-Un était presque devenue une fin en soi, prenant le pas sur le contenu des négociations (ces négociations n’avaient ainsi débouché sur aucune concession sérieuse de la part de la Corée du Nord en ce qui concerne son programme nucléaire). L’« art du deal » de Donald Trump se résume en grande partie à cela : l’apparence l’emporte souvent sur le fond. De son côté, la Russie n’a pas intérêt à un cessez-le-feu, sans pouvoir l’afficher officiellement, ni faire perdre la face à l’administration Trump.

Quel impact ces négociations pourraient-elles avoir sur la stabilité et la sécurité de l’Europe ?
L’enjeu premier, pour la sécurité de l’Europe, est le devenir des garanties de sécurité américaines et, si celles-ci ne tenaient plus, la capacité des Etats européens à réagir pour prendre eux-mêmes en charge, seuls, leur défense. En l’espace de deux mois, l’administration Trump a porté un coup très dur à l’alliance transatlantique au point que les Etats-Unis n’apparaissent plus aujourd’hui comme des alliés fiables, dans lesquels les Européens peuvent avoir confiance pour venir à leur secours en cas d’agression (comme le prévoit l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord). Dans ce contexte, le défi pour les Européens est de parvenir à monter en puissance militairement pour être en mesure de palier le désengagement américain.