L’antitsiganisme en France : distance persistante et empathie distante

Catégorie : Chapitre d'ouvrage

Auteur(s) : Yuma Ando , Nonna Mayer , Vincent Tiberj , Tommaso Vitale

Éditeur : La Documentation française

pp. 323-353

Année de publication : 2026


Résumé :

L'antitsiganisme est la forme de préjugé ethnique la plus persistante et la plus socialement tolérée en France, mais sa structure reste mal spécifiée. À partir du Baromètre racisme de la CNCDH, enquête nationale représentative en face à face menée en novembre et décembre 2025 (N=1 013), ce chapitre analyse les préjugés anti-Roms envers les personnes de langue romani, en majorité de nationalité française. Cinq items (nomadisme supposé, exploitation des enfants, vols, refus d'intégration, citoyenneté contestée) forment une échelle fortement corrélée : l'antitsiganisme fonctionne comme un système cohérent de représentations, et non comme des opinions éparses. 64% perçoivent les Roms comme un groupe à part, soit deux fois et demie à trois fois le niveau des autres minorités. Une régression logistique hiérarchique par blocs introduit la démographie, la position sociale, le contexte territorial, les perceptions subjectives et l'orientation politique (pseudo-R² de 0,06 à 0,28). La proximité partisane, indice de la polarisation partisane, est de loin le prédicteur le plus puissant, devant le déclassement ressenti, l'âge et l'origine migratoire. Nous soutenons que l'antitsiganisme se comprend comme une fabrication de frontières civiques (Lamont) : un répertoire socialement organisé, activé là où la gouvernance locale et les discours publics mettent en scène la présence romanès comme un problème d'ordre, et partiellement contenu là où la coprésence routinisée rend cette mise en scène moins rentable. Cette enquête longitudinale d'attitudes documente enfin un paradoxe, l'empathie distante : la reconnaissance mémorielle du génocide atteint un record quand la citoyenneté présente reste contestée par près d'un tiers.


Résumé en anglais :

Antiziganismus ist die hartnäckigste und sozial am stärksten geduldete Form ethnischer Vorurteile in Frankreich, doch seine Struktur bleibt unzureichend bestimmt. Ausgehend vom Rassismusbarometer der CNCDH, einer national repräsentativen Befragung, die im November und Dezember 2025 persönlich von Angesicht zu Angesicht durchgeführt wurde (N=1.013), analysiert das Kapitel die antiziganistischen Vorurteile gegenüber Personen romanischer Sprache, die in ihrer großen Mehrheit französische Staatsbürger sind. Fünf Items (unterstelltes Nomadentum, Ausbeutung von Kindern, Diebstahl, Integrationsverweigerung, bestrittene Staatsbürgerschaft) bilden eine stark korrelierte Skala: Antiziganismus wirkt als kohärentes Repräsentationssystem, nicht als verstreute Einzelmeinungen. 64 Prozent nehmen Roma als eine Gruppe für sich wahr, zweieinhalb- bis dreimal so viel wie bei anderen Minderheiten. Eine blockweise hierarchische logistische Regression führt nacheinander Demografie, soziale Lage, territorialen Kontext, subjektive Wahrnehmungen und politische Orientierung ein (Pseudo-R² von 0,06 auf 0,28). Die Parteinähe ist mit Abstand der stärkste Prädiktor, vor dem empfundenen sozialen Abstieg, dem Alter und der Migrationsherkunft. Wir argumentieren, dass sich Antiziganismus als Herstellung zivischer Grenzen (Lamont) verstehen lässt: ein sozial organisiertes Repertoire, das dort aktiviert wird, wo lokale Governance und öffentliche Diskurse die Anwesenheit der Roma als Ordnungsproblem inszenieren, und dort teilweise eingehegt wird, wo routinisierte Koexistenz diese Inszenierung weniger lohnend macht. Die Erhebung dokumentiert schließlich ein Paradox, die distanzierte Empathie: Die erinnerungspolitische Anerkennung des Völkermords erreicht einen historischen Höchststand, während die gegenwärtige Staatsbürgerschaft von fast einem Drittel der Bevölkerung bestritten wird.


Référence HAL : hal-05672002

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