Contribution extérieure : le regard des chercheurs (Yuma Ando, Nonna Mayer, Vincent Tiberj, Tommaso Vitale) sur le baromètre racisme CNCDH 2025

Catégorie : Chapitre d'ouvrage

Auteur(s) : Yuma Ando , Nonna Mayer , Vincent Tiberj , Tommaso Vitale

Éditeur : La Documentation française

pp. 253-353

Année de publication : 2026


Résumé :

Ce chapitre analyse les préjugés racistes en France à partir de la vague 2025 du baromètre racisme CNCDH, enquête en face-à-face menée auprès de 1 013 personnes en novembre et décembre 2025 et comparée aux mesures annuelles réalisées depuis 1990. L'indice longitudinal de tolérance construit par Vincent Tiberj se maintient à un niveau élevé, troisième meilleur score de la série, malgré un cadrage sécuritaire de la diversité dans le débat politique et médiatique. Deux dynamiques de long terme soutiennent cette trajectoire, l'élévation du niveau de diplôme et le renouvellement générationnel, tandis que des effets de cadrage de court terme, conformes à la théorie de l'ambivalence de Kellstedt, la font varier. Une échelle d'ethnocentrisme montre que le rejet des minorités musulmane, juive, noire, asiatique et rom forme une structure cohérente, au sein de laquelle l'antisémitisme acquiert une autonomie relative après le 7-Octobre. L'antitsiganisme se détache comme le préjugé le plus intense et le plus socialement toléré : près de deux tiers des personnes interrogées perçoivent encore les Roms et les Gens du voyage comme un groupe à part, deux fois et demie à trois fois le niveau observé pour les autres minorités. Une régression logistique par blocs désigne la proximité partisane comme le prédicteur le plus puissant, devant le sentiment de déclassement, l'âge, la pratique religieuse, l'origine migratoire et la catégorie socioprofessionnelle. La mémoire du génocide des Roms atteint un record, 64 % jugeant qu'on en parle trop peu, produisant une empathie distante qui pleure les victimes d'hier tout en contestant la citoyenneté d'aujourd'hui. Dans ces cas, le préjugé fonctionne moins comme un sentiment diffus que comme un répertoire socialement organisé, activé là où la gouvernance locale et les discours publics mettent en scène certaines minorités comme un problème d'ordre.


Résumé en anglais :

This chapter analyses racial prejudice in France through the 2025 wave of the CNCDH racism barometer, a face-to-face survey of 1,013 respondents fielded in November and December 2025 and compared with annual measurements since 1990. The longitudinal tolerance index built by Vincent Tiberj holds at a high level, its third strongest reading in the series, despite a securitarian framing of diversity in political and media debate. Two long-term drivers sustain this trajectory, educational expansion and generational renewal, while short-term framing effects consistent with Kellstedt's ambivalence theory move attitudes around it. A scale of ethnocentrism shows that rejection of Muslim, Jewish, Black, Asian, and Roma minorities forms a coherent structure, within which antisemitism gains relative autonomy after 7 October. Antigypsyism stands apart as the most intense and most socially tolerated prejudice: close to two thirds of respondents still place Roma and Gens du voyage as a group set apart, two and a half to three times the level recorded for other minorities. A blockwise logistic regression identifies partisan proximity as the strongest predictor, ahead of perceived downward mobility, age, religious practice, migratory origin, and occupation. Memory of the Roma genocide reaches a record 64 per cent who consider it insufficiently addressed, producing a distant empathy that mourns past victims while contesting present citizenship. Across these cases prejudice operates less as diffuse sentiment than as a socially organised repertoire, activated where local governance and public discourse stage minorities as a problem of order, and contained where routinised copresence makes that staging less legitimate.


Référence HAL : hal-05672012

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