Subjectivations de femmes et lutte contre les inégalités de genre

Catégorie : Chapitre d'ouvrage

Auteur(s) : Christèle Dondeyne , Magali Della Sudda

Éditeur : Editions du Croquant

pp. 107-133

Année de publication : 2025


Résumé :

Alors que les femmes ont été visibles et nombreuses dans le mouvement social des Gilets jaunes (Della Sudda & Mormin-Chauvac, 2019 ; Fillieule, 2019), ce dernier n’a pas été envisagé comme un mouvement féministe. La division sexuée du travail militant, la partition genrée de répertoires d’action (Gaillard, 2021) et le leadership de femmes (Noguera, 2022) ont pris des formes variées. Comment interpréter ces engagements féminins contestataires et rendre compte de ce paradoxe ? La politisation féminine par l’expérience des ajustements budgétaires (Blavier, 2021), des inégalités au travail (Doubre & Zancarini-Fournel, 2018) semble ancrée dans une mémoire émeutière (Chartreux et al., 2013) et l’histoire longue des luttes sociales (Gallot, 2019). Elle s’inscrit aussi dans des configurations où des GJ profanes et des féministes expérimentées ont pris part à un mouvement social commun. Si les femmes ont été présentes dans le mouvement, ont affirmé une identité « femme gilets jaunes », voire y ont dénoncé les violences sexuelles et sexistes au sein du mouvement social, on ne peut considérer le mouvement comme féministe car les protagonistes elles-mêmes entretiennent un rapport complexe à ce terme. Ainsi, la marche des femmes GJ du 20 février 2019 assume une vision « complémentariste » et non féministe des rapports sociaux, le féminisme étant perçu comme diviseur par ses organisatrices (Godefroy, 2018). Pour autant, différentes enquêtes ont montré la négociation qui pouvait s’opérer sur la répartition du travail militant (Devaux et al., 2022), l’affirmation d’une position d’autorité. Des processus de négociations, des frictions et évitement ont été observés de manière générale (Reungoat et al., 2022). Ainsi, des femmes qui se réclament d’un féminisme ordinaire y coexistent avec des militant.es féministes ou qui ont intégré les problématiques féministes dans leurs discours, mais aussi avec des GJ, qui s’inscrivent dans des rapports sociaux de sexe structurés par une double hostilité au féminisme et aux militants de gauche. L’organisation à l’échelle locale, de « marches de femmes » en parallèle de manifestations principales et les refus concomitants de femmes de s’y associer et d’y participer, ainsi que des marches de femmes « non féministes ! », sont révélatrices de luttes autour du genre. Cela invite à considérer les tentatives de régulation et de performance d’une identité collective auxquelles se livrent celles et ceux qui se réclament du féminisme et qui font office de courtières entre l’espace des féminismes et celui des Gilets jaunes. Ces tentatives ne rencontrent pas toujours le succès escompté. En témoignent ces deux parcours de femmes Gilets jaunes confrontées à des violences de genre qui ne s’identifient pas au féminisme et n’interprètent pas leur expérience à l’aune d’une grille de lecture féministe. C’est à travers l'entretien avec deux femmes Gilets jaunes, toute deux porteuses d’une économie morale fondée sur l’égalité et la justice, que ce chapitre s’organise. Chacune à leur manière témoigne d’une subjectivation dans et par le mouvement.


Référence HAL : halshs-05337667

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