
Soutenance de thèse
Spécialité Sociologie
Morgane Jouaret
soutiendra publiquement ses travaux de thèse intitulés :
Dire et interpréter la violence.
Conflits d'interprétation après la guerre civile algérienne
dirigés par :
- Sophie Duchesne, Directrice de recherche CNRS, Sciences Po Bordeaux, directrice de thèse
- Laetitia Bucaille, Professeure des Universités, Inalco - Institut national des langues et civilisations orientales, co-directrice de thèse
Composition du jury :
- Valérie Rosoux, Directrice de recherche, Université catholique de Louvain, rapportrice
- Luis Martinez, Directeur de recherche, Sciences Po, rapporteur
- Ronan Hervouet, Professeur des Universités, Université de Bordeaux, examinateur
- Gérôme Truc, Chargé de recherche CNRS, Université Paris Nanterre, examinateur
Résumé : Cette thèse prend pour objet les mémoires de la guerre civile algérienne (1992-1999) afin d'analyser les dynamiques sociales et politiques à l’œuvre dans l’après-conflit. Comment les positions héritées du passé façonnent-elles les représentations socio-politiques dans le présent ? Dans une perspective ethnographique, l’enquête repose sur des entretiens et des observations menés à Alger et Oran, principalement auprès d’acteurs ordinaires, mais aussi de personnes ayant été exposées à la violence - qu’elle soit le fait des groupes islamistes armés ou de l’État dans le cadre de la lutte antiterroriste. Afin de situer le modèle algérien dans le cadre des expériences internationales de gestion des passés violents, l’analyse porte sur le passage de la crise politique à la guerre civile, ainsi que sur la mise en place d’une politique de « réconciliation nationale » fondée sur l’amnistie et la réparation économique. La thèse examine comment des associations locales de victimes s’approprient les outils de la justice transitionnelle pour produire un contre-récit de la guerre. L’analyse des commémorations concurrentes révèle des luttes pour la reconnaissance des victimes et illustre les différentes grilles de lecture sociale et politique de la violence. Dans un deuxième temps, les effets de la politique de réconciliation nationale sont analysés dans une perspective microsociologique, « au concret », au sens du quotidien. Les termes mobilisés pour qualifier le conflit et ses acteurs traduisent des cadres d’intelligibilité qui sont façonnés par des sociabilités locales antérieures au conflit. Les mises en récit des violences du passé d’acteurs ordinaires éclairent les circulations des référentiels entre la guerre de libération nationale et la guerre civile. Enfin, la dynamique socio-politique et institutionnelle initiée en février 2019 avec le Hirak se nourrit de différents usages du passé. Tandis que les acteurs contestataires mobilisent différentes références historiques pour prendre position dans le mouvement, les responsables politiques et militaires convoquent quant à eux la mémoire de la guerre civile pour contenir la mobilisation.