
Les morts, un problème public ?
Résumé :
Par l’étude des représentations du service public et des récits des acteurs de "la chaine mortuaire" -définie comme une architecture d’acteurs qui se partagent les différentes compétences inhérentes à la disposition des défunts à un moment donné -, ainsi que d’observations au sein d’organisations funéraires, et de matériaux institutionnels, cette recherche contribue à éclairer la fabrique de l’action publique qui encadre la prise en charge des défunts, du décès jusqu’à la sépulture. S’appuyant sur l’analyse des problèmes publics et la sociologie de l’action publique, elle questionne la capacité organisatrice de la notion de service public en termes de construction de l’action publique et d’émergence des problèmes. Le traitement des données, mobilisant des outils variés, la statistique, et une grille d'analyse ancrée dans l’étude des problèmes publics, a pour ambition de dépasser l’opposition quantitatif/qualitatif.
L’argument principal de la thèse est que la notion de service public constitue une valeur incontournable dans la mise en récit des problèmes publics liés à la chaine mortuaire. L’appropriation et la traduction de la notion par différents acteurs, inscrits dans des luttes symboliques, expliquent l’émergence des problèmes publics. Entre ces matrices cognitives, les lignes de clivages symboliques reflètent l’état des luttes juridictionnelles qui fondent l’architecture de la chaine mortuaire. L'étude du travail politique des entrepreneurs de cause met en lumière les conditions de la fabrique de l’action publique à différentes échelles et permet de comprendre qui gouverne la prise en charge des morts à différentes échelles. Un résultat est la mise en évidence d’une certaine forme d’autonomie des échelles du politique, et de la coexistence de différents régimes de débats publics, plus ou moins discrets et concentrés entre les mains de propriétaires qui œuvrent à la pérennisation des institutions de pouvoir. Enfin, à travers l'étude de problèmes publics identifiés comme le prix des funérailles, et du "non-problème" des carrés confessionnels, cette recherche permet de comprendre comment s’organise au niveau local et national la gestion des morts en France, et plus globalement d'éclairer le statut épistémologique de la notion floue de service public par l'étude d'un secteur singulier, la chaine mortuaire.
Résumé court :
Comment la société française traite les morts ? Cette interrogation est à l’origine de ce travail de recherche qui propose de s’intéresser au traitement politique de la mort. L’objet de la thèse est de comprendre comment la prise en charge des morts devient un « problème public », et l’impact des définitions des problèmes sur la manière dont ceux-ci sont traduits ou pas en politiques publiques. Elle montre que la manière dont est saisi l'enjeu dans les arènes politiques, à différentes échelles, dépend des représentations du service public des acteurs au cœur de la fabrique de l'action publique. À travers l'étude d'enjeux comme le prix des obsèques, ou la prise en compte du pluralisme religieux dans les funérailles, la thèse permet de comprendre qui gouverne, en France, la prise en charge des défunts, et quelles visions du monde constituent le socle de l'action publique.
Membres du jury :
- Gaëlle Clavandier, Professeure des Universités, Université Jean Monnet Saint-Etienne, Rapportrice
- Emmanuel Henry, Professeur des Universités, Université Paris Dauphine, Rapporteur
- Laurie Boussaguet, Professeure des Universités, Université de Rouen, Examinatrice
- Gilles Pinson, Professeur des Universités, Sciences Po Bordeaux, Centre Émile Durkheim, Examinateur
- Andy Smith, Directeur de recherche FNSP, Centre Émile Durkheim, Sciences Po Bordeaux, co-directeur de thèse
- Pascale Trompette, Directrice de recherche CNRS, PACTE, Sciences Po Grenoble, co-directrice de thèse
La soutenance sera accessible en ligne via Zoom :
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