Alina Surubaru

Maîtresse de conférences Faculté de sociologie, Université de Bordeaux Enseignant·es-chercheur·ses Université de Bordeaux
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Site géographique Université de Bordeaux
Faculté de Sociologie
3 TER Place de la Victoire
33000 Bordeaux

Bio

Maîtresse de conférences, Université de Bordeaux (depuis 2014)

  • Chercheuse invitée, Faculté de Droit, Université d’Ottawa (Canada), juin-juillet 2024
  • Auditrice IHEDN, 59e session « Armement et économie de défense », 2022-2023
  • Chercheuse invitée, SIPRI, Stockholm (Suède), juillet-août 2022
  • Délégation CNRS, Centre de sociologie des organisations, Sciences Po Paris (2018-2019)

Maîtresse de conférences contractuelle, École des mines de Nantes (2012-2014)

Post-doctorat Université de Paris Dauphine (2012)

Chargée de recherche ENS Cachan (2010)

Doctorat en sciences sociales, ENS Cachan (2009)

 

Thèmes de recherche

  • activités militaires, politique de l'armement
  • contrats, organisations, marchés
  • élites dirigeantes

Axe(s) de recherche

Atelier(s)

Économie et société

Projet(s) de recherche

Recherche en cours

Faire voler l’État.

Genèse du marché du maintien en condition opérationnelle des aéronefs en France (1990-200)

Résumé du mémoire d’HDR

Soutenance HDR prévue le 21 octobre 2026, à Sciences Po Paris

« Souffrir de la main de l’ennemi, cela peut être le sort de la guerre. Souffrir des avaries de sa propre technique, ce n’est le sort de rien, c’est inadmissible » , déclare le 11 décembre 2017 la ministre des Armées, Florence Parly. Ce discours marque officiellement un tournant politique dans la gestion du maintien en condition opérationnelle (MCO) des aéronefs militaires. La ministre y annonce une réforme de grande ampleur visant à remédier aux difficultés persistantes rencontrées par les armées depuis les années 1990, au premier rang desquelles figure un faible taux global de disponibilité (environ 50 %). Pour la ministre, ce taux est « inacceptable » dans un contexte de hausse continue des dépenses d’entretien des matériels. En effet, entre 2003 et 2016, les crédits attribués au MCO ont progressé de 37 %, soit un rythme cinq fois supérieur à celui des crédits d’équipement. La tendance est particulièrement marquée dans le secteur aéronautique, où les dépenses ont augmenté de plus de 50 % sur la période (Droff, Rademacher, 2019), pour atteindre 6,31 milliards d’euros en 2024.

Ce paradoxe d’une hausse continue des crédits sans amélioration notable de la disponibilité a fait l’objet de nombreux rapports parlementaires. Même si plusieurs explications sont avancées, un consensus techniciste s’est progressivement imposé dans l’espace public. La « sophistication croissante des matériels » et « l’augmentation du coût des intrants » sont ainsi présentées comme rendant les dépenses inévitables et structurellement élevées. Cette lecture rejoint celle des acteurs militaires et industriels, qui attribuent cette situation à la complexité des équipements de guerre.

L’enquête de longue durée que j’ai menée au sein de ce milieu (2014-2024) remet en question ce récit linéaire et met en évidence la pluralité des processus institutionnels ayant conduit à cette configuration. Au cours des années 2000, les activités d’entretien et de réparation des matériels de guerre font l’objet d’une requalification marchande (Callon, 1998 ; Callon, Méadel, Rabeharisoa, 2000), dans un contexte de transformation de la politique industrielle de l’État. Le MCO devient un service intégré, regroupant des prestations jusqu’alors fragmentées (documentation technique, pièces de rechange, réparations), selon une logique de « servicialisation » observée dans de nombreux secteurs d’activité depuis la fin des années 1990 (Baines et ali, 2009 ; Peillon, 2013 ; Dutertre, Jullien, 2015 ; Brunier, Pinault, 2022).

Dans le cas militaire, ce processus n’émane ni d’une demande explicite du client militaire, ni d’une pression des industriels. Il résulte d’une reconfiguration interne des organisations étatiques, en particulier la Délégation générale pour l’armement (DGA), responsable des acquisitions de défense. Ces processus s’accompagnent de l’émergence d’une nouvelle manière d’évaluer la performance économique, portée dans un premier temps par une forme particulière de contrats : les contrats à heure de vol. Ceux-ci conditionnent la rémunération du prestataire à l’usage effectif de l’aéronef. D’abord utilisé dans le secteur civil pour inciter les industriels à optimiser la disponibilité technique, les contrats à l’heure de vol renforcent la dépendance du client à un fournisseur unique, notamment dans les domaines à forte intensité technologique (Rajagopal, Krach, Bradley, 2024). De plus, en transférant une partie du risque opérationnel à l’industriel, ces contrats peuvent aussi générer des effets pervers (arbitrages défavorables sur la qualité, opacité des coûts réels, ou encore affaiblissement des capacités d’ingénierie publique).

Pour ces différentes raisons, le contrat n’est pas un dispositif neutre (Belley, 1996 ; Kirat, Bayon, 2006 ; Surubaru, 2019 ; Forte, 2024). Il organise les relations de pouvoir entre l’acheteur et le fournisseur, entre le client et le vendeur, structurant activement les normes et conventions marchandes (Garcia Parpet, 1986 ; Billows, 2017). Il constitue un artefact au sens de Suchman (2003), produit d’interactions situées et d’un environnement institutionnel donné. Quelques travaux, encore rares en sociologie du droit, ont montré le rôle d’organisations dotées de ressources juridiques importantes dans l’imposition et la diffusion de nouvelles formes contractuelles (Powell, 1993 ; Suchman, 1994 ; Cornut, St Pierre, 2019). Le cas du MCO décrit un processus différent, marquée par l’émergence d’innovations en dehors des arènes juridiques. Des ingénieurs, sans expérience de la négociation, imposent ainsi les contrats à l’heure de vol pour répondre à une forte contrainte budgétaire. Leurs stratégies bureaucratiques ouvrent de nouvelles opportunités d’affaires pour les industriels, transformant la gestion conjoncturelle de la pénurie en vecteur de profit à long terme

 

Programme Predict-Op (financement ANR 2019-2024)

https://predictop.hypotheses.org/

Alina SURUBARU (coordinatrice)

Victor AFONSO MARQUES (doctorant)

Sébastien PLUTNIAK (post-doctorant, 2020-2022),

Antoine MILOT (étudiant stagiaire, 2020-2022)

Adrian VUILLAUMIER (étudiant stagiaire, 2019-2021)

Giulietta de SOUZA (étudiante stagiaire, 2024)

Lorenzo BOUEL (étudiant stagiaire, 2024)

Victor MAZY (étudiant stagiaire, 2024)

Ce programme de recherche a pour principal objectif de décrire l’impact du développement de la maintenance prédictive militaire sur les relations État-industrie, dans une approche attentive à la pluralité des processus à l’œuvre. D’un point de vue théorique, il s’inscrit au croisement de la sociologie économique, la sociologie des organisations et la sociologie des réseaux. Partant de l’idée que la création d’un nouveau marché s’accompagne toujours d’une multiplicité de formes d’incertitude, il avance trois séries d’hypothèses. Tout d’abord, il suppose que le rôle des pouvoirs publics est déterminant dans la stabilisation d’une offre de services de maintenance prédictive. A travers son plan de transformation numérique annoncée en 2018, mais aussi de part ses pratiques de sélection des fournisseurs, le Ministère français des Armées contribue de manière directe à tracer les frontières futures du marché. Pour mieux comprendre les nouvelles règles du jeu, nous pensons que les entreprises de la défense essayeront de mobiliser en priorité leurs ressources relationnelles. La deuxième hypothèse que nous avançons dans le cadre de ce projet concerne les relations de pouvoir entre les acteurs industriels. Le déploiement accéléré des nouvelles technologies ouvre la possibilité d’une transformation de la concurrence dans le secteur de la maintenance des équipements militaires. Pour faire face aux pressions des challengers (les entreprises voulant entrer sur le marché, notamment des start up ou des grands groupes de services informatiques), nous supposons que les insiders s’appuieront de façon privilégiée sur l’arme du droit. En effet, leur longue expérience des négociations contractuelles avec l’État constitue une ressource organisationnelle importante, qui leur permet de mieux anticiper les nouveaux enjeux liés à la propriété, l’échange et à l’analyse des données numériques des équipements militaires. Enfin, notre troisième hypothèse porte sur les effets de la circulation internationale des modèles de maintenance industrielle. Alors que nous nous attendons à ce que les insiders renforcent à court terme leur position sur le marché grâce au développement d’une offre de maintenance prédictive, nous supposons que leurs activités connaîtront néanmoins une réorganisation importante, notamment à la suite de l’institutionnalisation à l’échelle mondiale de certaines solutions technologiques (le cloud, etc.). C’est pourquoi, ce projet vise à saisir l’ampleur de ces changements, mais aussi les effets qu’ils peuvent entraîner à long terme sur la capacité de régulation de l’État. D’un point de vue empirique, trois méthodes différentes seront utilisées pour collecter des données originales : l’entretien, l’analyse des réseaux et l’observation.  Le programme analysera également des données secondaires sur l’usage du big data analytics dans la maintenance industrielle (civile et militaire) et produira des données de cadrage concernant les politiques de la défense (France, Grande Bretagne, États-Unis).

ORGA DEM « L’organisation du travail de démantèlement nucléaire. Marchés, acteurs, expertises »

(financement de la Région Nouvelle Aquitaine, 2021-2025)

Équipe: Alina SURUBARU (coordinatrice), Antonin CHERON (doctorant)

Ce projet a pour ambition d’interroger sociologiquement l’organisation du travail de démantèlement nucléaire en France. Selon l’Autorité de sûreté nucléaire, un des principaux risques des travaux de démantèlement des installations nucléaires est lié à leur durée particulièrement longue : puisque les chantiers s’étalent sur plus d’une décennie (en succédant à plusieurs décennies de fonctionnement), la perte de mémoire de conception et d’exploitation, ainsi que le maintien des compétences deviennent des enjeux économiques et politiques particulièrement importants. Or, le marché du démantèlement nucléaire est encore à ses débuts en France (puisque les premières installations nucléaires démantelées étaient des prototypes de faible puissance, ayant une durée d’exploitation relativement courte). Supposant que les acteurs dominant actuellement le marché des prestations globales d’assistance chantier dans le nucléaire (ONET, Nuvia, etc.) auront un rôle déterminant à jouer dans l’élaboration des stratégies industrielles de démantèlement de demain, nous proposons d’étudier les dynamiques concurrentielles dans ce domaine, pour montrer la circulation de différents modèles d’affaires. Ensuite, nous nous intéresserons au processus de formation, de recrutement et de fidélisation du personnel par les entreprises du nucléaire (en particulier les prestataires), à partir d’une réflexion sur le fonctionnement du marché du travail dans ce secteur d’activité. Nous étudierons plus particulièrement les « métiers en tension », c’est-à-dire les métiers qui, selon les employeurs, connaissent de manière durable une pénurie de personnel qualifié. Comment l’enjeu de formation s’inscrit-il dans les stratégies de démantèlement ? Dans quelle mesure les innovations technologiques qui émergent dans le nucléaire (modélisation 3D, robotisation, jumeaux numériques, etc.) ont des effets sur le travail réel des professionnels qui interviennent sur ces chantiers ? Pour répondre à ces questions, nous analyserons le cas du démantèlement de la centrale de Fessenheim, dont les deux réacteurs ont été mis à l’arrêt définitif en 2020.

Responsabilités scientifiques et institutionnelles

  • Responsable du programme ANR Predict Op "Un marché à risque? L'émergence de la maintenance prédictive militaire en France" (2019-2024)
  • Responsable du programme de recherche ORGA DEM « L’organisation du travail de démantèlement nucléaire. Marchés, acteurs, expertises », financement CNRS et Région Nouvelle Aquitaine
  • Membre du Conseil académique (la Commission de recherche) de l'Université de Bordeaux (depuis 2022)
  • Co-animatrice de l'Atelier Economie et Société (CED), depuis 2014
  • Membre du comité d'éthique de l'Université de Bordeaux (depuis 2024)
  • Co-responsable (avec Antoine Roger) du parcours de master "Science politique et sociologie comparatives" (2018-2023)

Encadrement doctoral

  • Victor Afonso Marques "Entre terre et mer : une étude des marchés asynchrones aux fondements de l'économie de la donnée" (financement ANR)
  • Antonin Cheron "L'organisation du marché de démantèlement nucléaire. Marchés, acteurs, expertises" (financement Région Nouvelle Aquitaine), thèse co-encadrée avec Cécile Vigour
  • Thomas Forté "La commande publique, un levier de développement territorial ? Les collectivités territoriales et leurs fournisseurs" (financement CIFRE), thèse co-encadrée avec Xabier Itcaina. Soutenue le 23 mai 2024

Enseignement

  • La guerre vue par les sciences sociales, M2
  • Actualités et lectures en sciences sociales, M1
  • Techniques d'analyse sur archives, M1
  • Sociologie des marchés contestés, M1
  • Approches créatives en sciences sociales. Réaliser un documentaire, L3
  • Élites et guerre, L1-L2-L3
  • Sociologie de l'activité. Travail, organisations, marchés, L1-L2-L3

Principales publications

Livre

(2014) La fragilité des liens marchands. Sociologie de la sous-traitance internationale, Paris, Pétra. https://www.editionspetra.fr/livres/la-fragilite-des-liens-marchands-sociologie-de-la-sous-traitance

 

Articles

(2024) Les données numériques, le nouveau nerf de la guerre? L’émergence d’un marché militaire de l’intelligence artificielle en France, Réseaux, 2024, 245 (3), pp. 277-299

(2022) L’entretien des relations marchandes dans le milieu de l’armement. Le cas des contrats du Rafale, Zilsel, 11, pp.33-66. DOI : 10.3917/zil.011.0033. URL : https://www.cairn.info/revue-zilsel-2022-2-page-33.htm    

(2019) Dismantling Managerial Values: When Law’s Ambiguity Meets Organizational Complexity, Studies in Law, Politics, and Society, Volume 81, p. 129-151. https://dumas.ccsd.cnrs.fr/SOCIOLOGIE/halshs-03687801v1

(2012) Les producteurs roumains de l’habillement à la recherche de clients: une analyse sociologique des rencontres d’affaires, Sociologie du travail,  vol. 54, n° 4, p. 457-474. https://doi.org/10.4000/sdt.2088

(2008) « L’industrie roumaine de l’habillement à l’épreuve du temps : entre l’héritage communiste et l’apprentissage capitaliste », Autrepart, vol. 48, pp. 167-178. https://doi.org/10.3917/autr.048.0165

 

Chapitres d’ouvrage

(2022) « La recherche en sciences sociales à l’épreuve des chaires industrielles. Quand les contraintes ne viennent pas (seulement) d’où on les attend », Philippe Aldrin, Pierre Fournier, Vincent Geisser, Yves Mirman, L’enquête en danger : vers un nouveau régime de surveillance dans les sciences sociales, Dunod, pp.111-126, https://www.dunod.com/sciences-humaines-et-sociales/enquete-en-danger-vers-un-nouveau-regime-surveillance-dans-sciences

(2014) (avec Gilles Guiheux) « Entrepreneurs des transitions », dans Pierre-Marie Chauvin, Michel Grossetti, Pierre-Paul Zalio, (dir.), Dictionnaire sociologique des activités entrepreneuriales, Presses de Sciences Po, p. 216-227.

(2014) (avec Elodie Béthoux et Annette Jobert) « Construire des stratégies syndicales sur l’emploi dans l’entreprise : entre négociations et mobilisations collectives », dans Cécile Guillaume (dir.), La CFDT : Sociologie d’une institution en actes, Rennes, PUR, collection « Histoires du travail », p. 159-171.

(2013) (avec Elodie Béthoux et Annette Jobert) « Négocier sur l’emploi dans l’entreprise : la CFDT et le renouvellement de l’action syndicale », dans Élodie Béthoux, Jean-Vincent Koster, Sylvie Monchatre, Frédéric Rey, Michèle Tallard, Catherine Vincent (dir.), Emploi, compétences et relations professionnelles : quelles dynamiques de régulation aujourd’hui ?, 2013, Toulouse, Octarès.

(2010) « L’émergence d’un patronat de branche en Roumanie postcommuniste. La FEPAIUS, une organisation en quête de légitimité ? », dans François Aballea et Arnaud Mias (dir.), Mondialisation et recomposition des relations professionnelles, Toulouse, Octarès, pp. 257-269.

(2010) « De la sous-traitance à la délocalisation. Les restructurations chez DIM », dans Annette Jobert et Claude Didry (dir.), L’entreprise en restructuration. Dynamiques institutionnelles et mobilisations collectives, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, pp. 235-248.

(2009) « Trajectoires d’entrepreneurs en Roumanie. La thèse du capitalisme politique à l’épreuve du terrain », dans Elisabeth Anstett Gessat, Caroline Dufy et Ronan Hervouet (dir.), Quelles hiérarchies sociales en Europe ?, Editions Pétra, collection « Europes : terrains et sociétés », p. 59-85.

(2007) « Romania: Labour Market under External Pressure », dans François Eyraud et Daniel Vaughan-Whitehead (dir.), Evolving World of Work in the Enlarged EU. Progress and Vulnerability, International Labour Organization, pp. 397-435.

Article de presse

« Débat : Doit-on à tout prix imposer un ‘sens’ à l’actualité ? », The Conversation, 5 avril 2020.

Rapports d’expertise

(2017) (avec Benoit Giry), Performance et indicateurs de performance. Une étude sémantique des rapports de gestion de la SIMMAD (2002-2016), Rapport d’expertise pour la SIMMAD.

(2016) (avec Andy Smith et Jean Joana), Les effets des OPEX sur les capacités de défense de la France. Le cas du MCO aéronautique, Rapport d’expertise pour l’IRSEM.

 

 

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