Soutenance HDR Sébastien Chailleux

Climatisation du gouvernement du sous-sol en France.
Politisation des régimes de l'extraction à l'ère de la crise écologique

Garant : François-Mathieu Poupeau

Le jury:

  • Thomas Reverdy (rapporteur)
  • Yann Fournis (rapporteur)
  • Caitriona Carter (rapporteure)
  • Marie Hrabanski (examinatrice)
  • Céline Granjou (examinatrice)

Ce manuscrit explore la trajectoire des filières industrielles du sous-sol en France, en analysant leur rôle dans la transition énergétique et écologique contemporaine. Il interroge la manière dont ces filières, historiquement marginalisées dans les débats sur la transition, ont su se réinventer en s’appuyant sur une stratégie de « climatisation » de leurs activités, c’est-à-dire en les repositionnant comme des solutions aux enjeux climatiques et de souveraineté industrielle. L’étude s’articule autour de quatre dynamiques clés : la libéralisation des secteurs extractifs, l’écologisation des discours et des pratiques, la démocratisation des processus décisionnels (notamment via la participation publique), et la territorialisation des projets, souvent source de conflits. Le manuscrit retrace d’abord l’histoire des régimes minier et pétrolier français, marqués par un interventionnisme étatique fort depuis le XIXe siècle, puis par un déclin progressif à partir des années 1970, sous l’effet de la concurrence internationale et de la désindustrialisation. Il analyse ensuite les tentatives de relance des activités extractives dans les années 2010 (hydrocarbures non conventionnels, renouveau minier), souvent confrontées à des mobilisations locales et à une politisation accrue, aboutissant à des échecs. Le manuscrit met aussi en lumière l’émergence de nouvelles filières, comme la géothermie profonde et le stockage géologique de carbone (CSC), portées par des coalitions d’acteurs combinant expertise technique, légitimation politique et promesses technoscientifiques. Ces filières, bien que fragiles, illustrent une hybridation croissante entre les secteurs traditionnels (pétrole, mines) et les enjeux de décarbonation, tout en révélant des tensions persistantes autour de l’acceptabilité sociale et de la gouvernance des projets. Enfin, le manuscrit interroge les recompositions récentes des politiques du sous-sol, entre simplification réglementaire (loi Industrie Verte) et intégration des impératifs environnementaux (réforme du Code minier). Il souligne le paradoxe d’une transition bas-carbone qui, tout en promouvant l’électrification et les énergies renouvelables, réactive des logiques extractivistes, posant la question des dépendances matérielles et des conflits d’usage des territoires. En croisant économie politique, sociologie des controverses et géologie politique, ce travail offre une analyse originale des régimes de ressources du sous-sol français, révélant leur capacité d’adaptation aux défis écologiques, tout en pointant les limites d’une transition qui reproduit, sous couvert de modernisation, des dynamiques historiques de concentration du pouvoir et d’exclusion des acteurs locaux.

Université Gustave Eiffel, Cité Descartes
Bâtiment Bienvenüe Salle B017-B020 (rez-de-chaussée)
6 et 8 avenue Blaise Pascal
Champs-sur-Marne 
77447 Marne-la-Vallée


Début : 24 février 2026 à 13:30
Fin : 24 février 2026 à 18:00
Paris, Université Gustave Eiffel, Cité Descartes

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