Viviane Le Hay

Viviane Le Hay

Ingénieure de recherche CNRS en "production traitement et analyse de données SHS"

Peux-tu te présenter en quelques mots?

Je suis ingénieure de recherche CNRS en "production, traitement et analyse de données" en SHS. J’accompagne le Centre Émile Durkheim et la communauté des SHS sur les questions proprement méthodologiques s’agissant des dispositifs scientifiques dans nos disciplines (principalement sociologie et science politique).
Également adepte du camping (en mode suréquipé, diraient certain·es) et du vélo, mais bizarrement (ou pas ! Diraient les mêmes), je n’ai encore jamais expérimenté le cyclo‑camping…

Quel est ton parcours professionnel ?

De formation universitaire en mathématiques appliquées en sciences sociales, j’ai eu la chance d’être formée à l’analyse des données à la française par Henry Rouanet et Brigitte Le Roux auprès de qui mon intérêt pour la sociologie et la science politique est très vite apparu.
Cela m’a menée à rédiger une thèse de sociologie "quantitative" (c’est ainsi qu’on les désignait à l’époque) à l’OSC (Sciences Po Paris), tout en démarrant ma carrière au Cevipof en 2006 en tant qu’ingénieure d’études CNRS "méthodes". C’est là que je me suis spécialisée dans la survey research et la sociologie électorale, en travaillant sur les enquêtes électorales de ce laboratoire en même temps que sur les dispositifs des grandes enquêtes européennes pour leur partie française (comme la European social survey) ; ma thèse s’appuyait dans le même temps principalement sur les Eurobaromètres pour mieux comprendre les évolutions infranationales des valeurs européennes entre 1970 et 2000. J’en retiens de nombreuses rencontres (tellement inspirantes par leur passion communicative) qui ont nourri ma perspective scientifique et professionnelle. J’ai à cet égard une pensée toute particulière pour Guy Michelat.

J’ai intégré le CED en 2011. À mon arrivée, j’y ai fondé l’atelier méthodes très fréquenté par les doctorant·es et monté une équipe pédagogique dans le cadre de l’enseignement de méthodologie de 3e année de Sciences Po Bordeaux.
C’est aussi à peu près à cette époque que j’ai participé en tant qu’animatrice, pour mon métier, à la mise à jour de REFERENS (le référentiel des emplois-type de la recherche). À cette occasion, j’ai réalisé non seulement que mes missions impliquent de renouveler ses approches et de sortir du cloisonnement disciplinaire, mais aussi que l'échange avec les collègues ingénieur·es est crucial alors même que de telles occasions n’étaient pas si fréquentes (a fortiori en dehors de Paris). J’ai alors, avec trois collègues, mis en place le réseau métier Mate‑SHS (Méthodes, Analyses, Terrains et Enquêtes en SHS), qui connaît un vif succès depuis sa création en 2014.
Depuis, je défends l’idée d’une science cumulative et collective tout en m’attachant à continuer à travailler sur les dispositifs d’enquêtes par questionnaire (et notamment la comparaison des modes d’administration) et la sociologie électorale et par des publications en la matière.

Sur quoi travailles-tu ?

J’ai beaucoup de projets en parallèle actuellement.
D’abord, je dirige depuis 2018 avec Sophie Duchesne et au sein du CED le BMS (Bulletin de méthodologie sociologique, Sage Editions), revue trimestrielle bilingue à comité de lecture, que nous défendons comme une revue ayant à cœur d’accompagner les auteurs et autrices dans la maturation du travail qu’ils souhaitent publier. Cette ambition rend cette partie de mon travail toute à la fois stimulante et accaparante.

Participer à une entreprise collective comme le réseau Mate-SHS est la mise en acte de ma vision de la recherche cumulative et collective. Raison pour laquelle j’anime avec trois collègues les tuto@mate, webinaires portant sur des questions de méthodes en SHS ou encore que j’achève une aventure de deux années dans le cadre du réseau (et non sans émotions du fait du contexte sanitaire) : la mise en œuvre d’une école thématique CNRS (une semaine en présentiel !) portant sur l’exploration des données en SHS.

L’atelier méthodes du Centre Émile Durkheim ou mon implication dans le réseau "méthodes" de l’Association française de sociologie constituent autant d’autres façons de valoriser les méthodes comme un versant essentiel d’une pensée scientifique cumulative et vivante. L’accompagnement par la formation de mes collègues du CED sur ces questions constitue également pour moi dans cette perspective un objectif important.
Mes thématiques de recherche ont trait en sociologie électorale, à l‘impact de la précarité, de la détention patrimoniale, du gender gap ou des pratiques médiatiques sur les comportements électoraux, ou encore sur les mécanismes de la probité publique en France. Mais ces dernières années ont tiré fortement mes activités du côté de l’animation méthodologique de la recherche, sans doute au détriment d’aspects plus proprement en lien avec la recherche "fondamentale" en méthodologie et les publications scientifiques en mon nom. Cela commence à me manquer ! Le temps n’est pas extensible, alors sans doute va‑t-il falloir faire des choix…

Peux-tu nous parler de ton quotidien professionnel ?

Je ne m’ennuie jamais, c’est très varié, et le matin je ne sais jamais très bien par quoi il faudrait commencer et ce qui est vraiment urgent ! Mes journées ne sont jamais les mêmes et mon métier évolue très vite au fil du temps. Mais de manière constante, si je ne suis pas en mission (colloques ou formations), j’alterne entre (liste non exhaustive !) mes mails, les lectures critiques et l’administration du BMS, l’animation de l’atelier méthodes avec Marie-Laure Pouchadon et Morgan Lans, la collaboration à différents projets de recherche au CED, le soutien-conseil auprès des doctorant·es (volet qui me tient à cœur), mes enseignements à l’IEP, l’animation de Mate avec mes collègues ingénieur·es, la veille méthodologique et technique en sciences sociales, et les responsabilités nationales que j’endosse au sein du CNRS (participation à des jurys de concours externes et internes, et experte métier au CNRS en particulier). À dire vrai, même si cela ne s’est pas arrangé depuis mars 2020, j’étais déjà adepte des visio‑conférences à haute dose depuis longtemps !

"Mes journées ne sont jamais les mêmes et mon métier évolue très vite au fil du temps.

Et en dehors du Centre Émile Durkheim ?

Mes activités professionnelles et familiales me laissent peu de temps perso, mais la lecture (essentiellement de BD et de polars) et le visionnage de séries m’aident à décompresser. Assister le plus régulièrement possible à des concerts (de rock, dans des salles à taille humaine) m’apportait beaucoup avant cette année bizarre, et je dois avouer que cela me manque beaucoup… J’espère me rattraper très vite… En attendant, je regarde avec de plus en plus d’insistance ma guitare basse, qui traine dans un coin, sans que je parvienne à m’y consacrer vraiment. Alors un jour prochain, qui sait…
Enfin, dîner entre ami·es et partir en vaaaaaacances (jamais très loin en termes de distance… Mais en revanche loin de la foule et près de la famille, des ami·es et de la nature) : rien de tel pour recharger les batteries et repartir au boulot remontée à bloc !

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Publié le 26 janvier 2022
Dernière modification le 10 mars 2022