Sébastien Chailleux

Sébastien Chailleux

Maître de conférences à Sciences Po Bordeaux et chercheur au Centre Émile Durkheim

Quel est ton parcours et comment es-tu devenu enseignant-chercheur ?

Je suis devenu enseignant-chercheur un peu par hasard. Je n’ai pas un parcours linéaire en science politique puisque j’ai découvert cette discipline seulement durant mon master, effectué à Paris-Est Marne-la-Vallée et à l’Université Laval de Québec à partir de 2007. Avant cela, j’ai suivi un début de formation AES et une licence en information-communication. Je ne me destinais pas non plus à faire de la recherche puisque mon Master avait une orientation professionnelle et que je suis resté vivre au Québec quelque temps après mon diplôme. J’ai ensuite voyagé presqu’un an grâce au visa Vacances-Travail en Australie et en Nouvelle-Zélande. C’est pendant cette année de voyage que je me suis rendu compte que ce que je désirais était de retourner travailler à l’université et d’entamer une recherche doctorale sur un sujet touchant l’environnement.

À mon retour en France au printemps 2011, j’ai construit un projet de recherche sur la base d’un intérêt avant tout empirique lié à la question du gaz de schiste. En effet, j’avais pu vivre les premières mobilisations à ce sujet au Québec l’année précédente et, alors que je débarquais en France, des mobilisations similaires avaient émergé, me conduisant à m’interroger sur l’intérêt d’une comparaison sur le sujet. J’avais identifié les liens entre Bordeaux et Québec et je me suis dit qu’une comparaison France-Québec pourrait intéresser l’IEP. Antoine Roger a accepté de devenir mon directeur de thèse. J’ai alors bénéficié d’une bourse de thèse pour une co-tutelle franco-québécoise avec l’Université Laval, avec comme co-directeur, Louis Guay, sociologue spécialiste du développement durable.

Je ne pense pas pour autant m’être senti chercheur dès le début de ma thèse. C’est seulement dans les deux dernières années de doctorat que j’ai véritablement eu l’impression de devenir chercheur en participant à des congrès et en échangeant sur mes recherches. La dimension enseignement est apparue encore plus tard puisque je n’ai eu pas eu de monitorat avec ma thèse et que c’est d’abord par différentes vacations que j’ai abordé les tâches d’enseignant. C’est surtout à partir de mon recrutement d’abord comme post-doc en 2017 puis comme titulaire d’une chaire junior à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour que je me suis senti véritablement légitime comme enseignant-chercheur en ayant à réaliser l’ensemble des activités de ce métier. J’ai notamment pu encadrer des travaux de doctorat et de master, ce qui m’a beaucoup éclairé sur les attendus de ce travail.

Quels sont tes objets de recherche ? Sur quoi travailles-tu ?

Je travaille à la fois sur les transitions énergétique et écologique et sur les dynamiques de fabrication des politiques publiques. J’ai plus spécifiquement analysé trois terrains distincts depuis ma thèse qui visaient à saisir les processus de politisation des industries du sous-sol. Autrement dit, il s’agissait, sur les terrains de l’exploration du gaz de schiste, du stockage géologique de carbone et de l’exploration minière, d’étudier comment des acteurs construisaient ces objets en enjeu collectif qui doit être traité par le politique.

À partir de cette thématique du sous-sol, je questionne aussi bien la construction et la mise en œuvre des politiques se réclamant de la transition que la structuration d’une filière en passant par le rôle des mobilisations sociales. Ma grille d’analyse s’organise autour des trois dimensions que sont l’écologisation, la démocratisation et la territorialisation des projets et des politiques de transition liés au sous-sol. J’ai notamment insisté sur les processus de confinement des décisions dans ces filières, leur prisme technicien et le fort centralisme qui se heurtent bien souvent à des redéfinitions territoriales critiques, mais aussi au faible portage politique de ces industries qui restent marquées, en France, par le déclin. Plus largement, j’ai aussi travaillé avec Philippe Zittoun le rôle des espaces de débat et les trajectoires des solutions de politiques publiques.

Peux-tu nous parler de ton quotidien d'enseignant-chercheur ?

C’est un métier qui me donne une grande liberté et qui offre une grande variété de tâches. J’aime beaucoup cette diversité. Au quotidien, sans être d’une grande originalité, j’ai une organisation du travail assez cloisonnée. Lorsque je suis au bureau, c’est pour revoir mes cours, recevoir les étudiants et échanger avec les collègues. Je conserve les temps de rédaction et de lecture pour les journées à la maison durant lesquelles je suis plus efficace. Avec des jeunes enfants à la maison, c’est important de ne pas travailler trop tard en soirée ou durant le week-end !

Quels sont tes projets pour l'avenir ?

Je poursuis mes recherches sur la transition écologique grâce à l’obtention d’une ANR JC sur l’écologisation des industries gazières françaises à partir de l’an prochain. L’idée est de questionner les transformations de l’industrie gazière face aux injonctions à la transition écologique autour d’une comparaison entre les filières du biogaz et de l’hydrogène. À plus long terme, j’espère avoir le temps de penser à mon HDR afin de gagner en autonomie pour superviser des thèses.

Et en dehors de la recherche ?

Un des dangers d’un métier aussi passionnant est d’y consacrer beaucoup de temps ! J’ai eu en plus la chance d’avoir deux enfants durant ma thèse, et donc ces dernières années ont principalement été occupées par des activités de recherche et par la vie de famille. Je passe généralement mes soirées devant des séries TV et mes week-ends à jardiner, mais dès que je peux, j’aime retourner à des concerts ou organiser des week-ends plein air avec la famille ou les amis.

"C’est un métier qui me donne une grande liberté et qui offre une grande variété de tâches

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Publié le 25 janvier 2022
Dernière modification le 10 mars 2022