Romain Delès

Romain Delès

Maître de conférences en sociologie de l'éducation

Quel est ton parcours ? Comment es-tu devenu chercheur ?

Après mon master de sociologie à Bordeaux, j’ai passé l’agrégation de sciences économiques et sociales, autant par sécurité que par goût de l’enseignement. Après l’avoir obtenue, j’ai souhaité poursuivre en thèse, sous la direction de François Dubet sur la question des parcours d’entrée dans l’emploi des étudiants. L’expérience d’enseignement en licence de sociologie parallèle à la thèse m’a beaucoup plu. Ces années ont été très enrichissantes pour moi et m’ont confirmé dans mon souhait de devenir enseignant-chercheur.
Après la thèse, j’ai occupé de 2013 à 2017 la fonction d’enseignant (PRAG) à la faculté de sociologie et la responsabilité de la préparation au concours d’enseignant en SES (CAPES). En 2017, un poste s’est ouvert à l’ESPE sur les inégalités éducatives et les parcours des jeunes. Mon profil d’enseignement, mon expérience dans le domaine de la formation des enseignants et mes recherches m’ont rapproché des attendus du poste.

Quels sont tes objets de recherche ? Sur quoi travailles-tu ?

Depuis 2017, je travaille, notamment avec Nicolas Charles, sur un projet de comparaison internationale
des parcours d’études supérieures. Nous nous sommes particulièrement intéressés à la sélection à l’entrée de l’enseignement supérieur dans quatre pays européens (Allemagne, Angleterre, France, Suède). Nous cherchons à qualifier les conceptions de la justice sociale sous-jacentes aux choix de procédures et de critères de sélection.
Dans le prolongement de ces travaux, nous avons
déposé un projet région sur l’individualisation des parcours étudiants dans ces quatre pays.
On part du constat qu’avec la massification de
l’enseignement supérieur, tous les pays sont amenés à individualiser les cursus pour faire face à l’hétérogénéité de la condition étudiante. Pourtant, les modalités prises par cette individualisation sont très différentes entre pays. Nous montrons que ces différences tiennent nettement à des traditions d’état providence distinctes.

Quels sont tes projets pour l'avenir ?

La crise sanitaire actuelle m’a immédiatement
frappé pour son effet de loupe sur les inégalités
sociales en général, sur les inégalités scolaires en particulier. Avec Filippo Pirone, enseignant-chercheur au LaCES et à l’INSPE, nous avons rapidement élaboré un questionnaire sur l’école à la maison en situation de confinement.
Nous avons interrogé les parents sur les pratiques
d’accompagnement de la scolarité. Depuis le début
du mois d’avril, nous avons déjà récolté plus de 30 000 réponses, ce qui dépasse largement nos espérances ! Nos premiers résultats montrent de fortes inégalités de nature pédagogique : si les parents de classes populaires ont recours à des techniques d’accompagnement directes (surveiller que l’enfant suive les consignes, s’asseoir auprès de lui quand il travaille, lui faire réciter sa leçon), les parents des classes supérieures interviennent de manière plus détournée (proposer des exercices alternatifs, mobilisant des acquis scolaires obtenus dans d’autres contextes d’apprentissages).

Ces premiers éléments manifestent des différences
d’appropriation du savoir scolaire et permettent
d’objectiver des résultats obtenus principalement
de manière qualitative par les chercheurs du
domaine. Je supervise un projet sur le sujet, déposé
début mai en réponse à l’AAP Covid-19 de l’ANR.
Nous associons à notre démarche de nombreux
chercheurs européens (Angleterre, Espagne, Italie,
Portugal, République Tchèque, Suède). C’est un
nouveau projet qui m’enthousiasme et, s’il a le
succès attendu, j’aimerais beaucoup le poursuivre
en étudiant en comparaison internationale les
inégalités de rapport au savoir.

Et en dehors de la recherche, ton livre de chevet ?

Je suis évidemment sensible à la littérature qui résonne avec la sociologie. J’ai récemment lu le Goncourt 2018, Leurs enfants après eux, de Nicolas Mathieu. Au-delà de ses qualités purement littéraires (le croisement des registres de langage y est très original), je l’ai apprécié pour sa grande justesse psychologique. L’auteur sait dresser à merveille ce que nous nommons des idéaux-types et auquel nous, sociologues, peinons parfois à
donner vie. Je crois qu’il faut que j’en tire des leçons
pour ma propre écriture sociologique.
Dans le même ordre d’idées, j’ai lu tout dernièrement
le livre de Jonathan Coe, Middle England. Il traite du Brexit et de ce qu’il révèle des divisions de l’Angleterre. J’aime les personnages de Jonathan Coe, qui sont eux aussi toujours très bien affutés sociologiquement. Il fabrique des portrait-robots et les utilise au service du récit : n’est-ce pas ce que doit faire une sociologie compréhensive ?

"Ces années ont été très enrichissantes pour moi et m’ont confirmé dans mon souhait de devenir enseignant-chercheur.

Partager

Publié le 27 janvier 2022
Dernière modification le 10 mars 2022