Olivier Costa

Olivier Costa

Directeur de recherche CNRS en science politique

Comment es-tu devenu chercheur ?

Un peu par hasard. À l’issue de mes études à Sciences Po Strasbourg, qui se déroulaient alors en trois ans seulement, on m’a proposé d’entrer en DEA (master 2) sans passer par la maîtrise. J’ai saisi cette opportunité et je me suis découvert un goût pour l’écriture et la recherche, alors que la science politique ne m’avait pas passionné outre-mesure jusque-là. J’ai ensuite obtenu une allocation de recherche pour faire une thèse, que j’ai consacrée à la délibération du Parlement européen. Après ma soutenance, j’ai fait un post-doc à l’Université Libre de Bruxelles, où j’ai découvert le monde des études européennes, qui était déjà très structuré là-bas. En France, ces questions commençaient tout juste à susciter l’intérêt, ce qui m’a permis d’être recruté au CNRS. J’ai choisi d’aller au CERVL, l’ancêtre du Centre Émile Durkheim, qui était un des rares labos français où l’on s’intéressait à l’Europe.

Peux-tu nous parler de ton quotidien de chercheur ?

Je n’ai pas de routine. Le seul fil rouge de mes journées, ce sont les mails, qui s’empilent avec une régularité métronomique. Le travail de recherche, en tant que tel, comporte de multiples aspects, qui se succèdent par séquences : lecture, collecte de données, analyses, discussions scientifiques, participation à des séminaires et conférences, réunions administratives. Et il y a bien sûr l’écriture, qui est elle-même une activité plurielle, selon qu’il s’agisse d’un article, d’un livre, d’une tribune, d’un projet de recherche ou d’un rapport d’activités, que l’on écrive en français ou en anglais. S’ajoutent à cela toutes les tâches annexes au métier de chercheur : l’enseignement, l’encadrement de mémoires et thèses, la vulgarisation, les activités éditoriales, la participation à des jurys, l’évaluation d’articles, de projets ou de laboratoires, la gestion de structures de recherche… Comme beaucoup de chercheurs, j’ai du mal à refuser les propositions. Le plus difficile est alors de gérer correctement les engagements pris, de tenir les délais, sans travailler jour et nuit, et sans culpabiliser pour autant.

Quels sont tes objets de recherche ? Sur quoi travailles-tu ?

Comme j’ai consacré ma thèse au Parlement européen, j’ai toujours évolué dans deux sous‑disciplines : les études législatives et les études européennes. Je n’ai jamais abandonné le Parlement européen, qui est un objet fascinant ; l’an passé, à l’occasion des élections européennes, j’ai dirigé un ouvrage collectif et deux numéros de revues pour faire le point sur les évolutions de l’institution et des recherches qui s’y rapportent. Je travaille également depuis longtemps sur l’Assemblée nationale, et tout particulièrement sur le profil, le comportement et le rapport au territoire de ses membres. Pour ce qui concerne les études européennes, j’envisage le système politique de l’Union dans son ensemble. J’étudie son fonctionnement, la manière dont les décisions s’y prennent, ses réformes, sa théorisation, et les enjeux de sa contestation et de sa légitimation. Je suis aussi rédacteur en chef du Journal of European Integration, une des principales revues en études européennes.

"J’ai saisi cette opportunité et je me suis découvert un goût pour l’écriture et la recherche, alors que la science politique ne m’avait pas passionné outre-mesure jusque-là.

Quels sont tes projets ?

J’entends revenir vers l’Assemblée nationale dans la perspective des législatives de 2022, pour notamment tirer un bilan de l’arrivée en 2017 d’une nouvelle génération d’élus, et analyser les effets de la fin du cumul systématique des mandats. Côté Europe, je dirige actuellement un ouvrage sur l’Union après les élections de 2019 et la crise du COVID. Je développe aussi un projet de recherche sur la manière dont le Parlement européen s’accommode de l’Europe à plusieurs vitesses

Et en dehors de la recherche ?

J’écris des chroniques, des souvenirs de jeunesse, des nouvelles. Dans ces textes, je peux laisser libre-cours à mon goût pour un style fleuri et imagé. Je me suis aussi remis au dessin, à l’occasion du confinement. J’y trouve une grande satisfaction. Quand je dessine, mon esprit vagabonde librement – ce qui me permet parfois de progresser sur des questions de recherche – et je peux cultiver mon souci du détail.

Olivier Costa / Jaguar XK120 de 1953
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Publié le 26 janvier 2022
Dernière modification le 10 mars 2022