Émotions et rapports aux institutions régaliennes

La prochaine séance de l’axe PEPS regroupera 3 interventions articulées autour de la thématique « Emotions et rapports aux institutions régaliennes ».
Si les fondateurs de la sociologie ont considéré les émotions dans l’analyse des faits sociaux, bien que de manière très différente, les émotions ont été ensuite longtemps négligées en science politique et en sociologie, à l’exception notoire des travaux de N.Elias ou ceux d’E.Goffman sur les interactions (1974). Clough & Halley (2007) qualifient de « tournant affectif » ou émotionnel dans les sciences sociales le regain d’intérêt à partir des années 1990 pour les émotions dans l’analyse du social (Hochschild 1983 [trad. Fr 2017], 2003 ; Bernard 2017 pour un panorama) et du politique (Braud 1996 ; Traïni, 2015).
            Sociologues et politistes s’accordent sur le fait que les émotions ne relèvent pas seulement de l’intime ; elles sont révélatrices de rapports au monde façonnés par les appartenances sociales (genre, âge, niveau d’instruction, catégories socioprofessionnelles, croyances et pratiques religieuses, appartenance politique…) dans une société et une période historique données. Les émotions s’inscrivent dans un contexte précis, à resituer ; elles prennent sens dans des relations. Les émotions peuvent aussi être appréhendées « comme des énergies susceptibles d’expliquer la structuration, le fonctionnement et le changement social » (Bernard 2017 p. 16). Les rapports aux institutions régaliennes sont ainsi empreints d’émotions à divers titres, du point de vue de la représentation politique (Le Bart 2018), des mobilisations collectives ou des interactions au « guichet » entre agents et usager.es (Guy et al. 2019).
            L’analyse des émotions soulève enfin d’épineuses questions quant à leur saisie et interprétation : comment avoir accès aux émotions des personnes observées, sachant qu’il peut y avoir un écart entre les sentiments exprimés et éprouvés ? Etudier les émotions implique aussi une réflexivité accrue des chercheur.es, qui peuvent aussi être touchées par celles-ci.

Inès Lequeux

"Interagir avec les juges de proximité : le rôle des émotions des citoyens dans la prise de décision judiciaire"

Cécile Vigour

"Émotions, inégalités et rapports au droit. Portraits de justiciables en Arizona" 

Clara Lucas

"Émotions et mobilisations des Gilets jaunes"


Références citées

Bernard Julien (2017), La concurrence des sentiments Une sociologie des émotions, Paris, Métailié.
Braud Philippe, L’émotion en politique, Paris, Presses de Sciences Po, 1996.
Clough, P. T., & Halley, J. (2007). The affective turn. Theorizing the social. Durham, NC : Duke University Press
Elias Norbert (1939 [2003]), La Civilisation des moeurs, Paris, Pocket.
Goffman Erving (1974), Les rites d’interaction, Paris, Minuit.
Guy Mary, Mastracci S, Yan S. (2019), The Handbook of Global Perspectives on Emotional Labor in Public Services, Palgrave Macmillan.
Hochschild Arlie R. (2017 [1983]), Le prix des sentiments, au cœur du travail émotionnel, Paris, La découverte.
Hochschild Arlie R. (2003), « Travail émotionnel, règles de sentiments et structure sociale », Travailler, 9, 1, p. 19-49.
Le Bart Christian (2018), Les émotions du pouvoir : larmes, rires, colères des politiques, A. Colin.
Traïni C. (2015) (dir.), Émotions et expertises. Les modes de coordination des actions collectives, Rennes, Presses universitaires de Rennes.


Début : 30 janvier 2025 à 14:00
Fin : 30 janvier 2025 à 16:30
site Sciences Po Bordeaux, salle Monnet (B227) & en distanciel

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