?Cahiers de la métropole bordelaise #21 Dossier Les invisibles ©mai 2022

Gilles Pinson & Françoise Le Lay (coord.)
CaMBo
// Cahiers de la métropole bordelaise
Dossier 'Les invisibles' #21 mai 2022

Le dernier numéro #21 de la revue CaMBo vient de paraître 
Dossier 'Les invisibles' coordonné par Gilles Pinson et Françoise Le Lay*

Ont contribué à ce numéro des membres du Centre Émile Durkheim : 
GRAND ENTRETIEN Ariella Masboungi  | Gilles Pinson 
IMPERTINENCE Blues métropolitain | Thierry Oblet
Les invisibles | Gilles Pinson
Les enfants, des habitant·e·s à part entière ! Expériences enfantines de la pandémie de Covid-19 dans les quartiers populaires | Jessica Brandler-Weinreb 
MÉMOIRE Yves-Farge à Terres-Neuves. Refonder la mémoire des quartiers | Patrice Godier
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? Réfugiés, sdf, ou simplement gens ordinaires, travailleurs de l’ombre ou de la nuit, personnes aux « vies minuscules » (selon l’expression de l’auteur Pierre Michon) : les invisibles sont mis en lumière et en récit par les photographes, les écrivains, les cinéastes mais aussi par les journalistes. Ils attribuent à ces anonymes un prénom, révèlent un visage, font entendre une voix. Incarner ces personnes, leur donner une épaisseur charnelle et symbolique, raconter des parcours de vie, permet de les faire exister individuellement et collectivement.
Au cinéma, par exemple, le phénomène n’est pas nouveau – pensons au film Elle court, elle court, la banlieue réalisé en 1973 par Gérard Pirès – mais il paraît s’intensifier sur fond de crises inédites. Certains films récents sont particulièrement éloquents. Les invisibles de Louis-Julien Petit (2019) qui aborde le sujet des femmes qui vivent dans la rue et Ouistreham d’Emmanuel Carrère (2022), consacré aux femmes agents d’entretien dans les ferries, ont quelque chose en commun : les personnages sont portés par des actrices professionnelles mais aussi par de « vraies » femmes qui jouent un rôle proche de leurs expériences vécues. Ces personnages sont aussi des personnes. Au plus près de la vérité, les corps et les âmes sont montrés dans leurs imperfections et leur humanité. Dans À plein temps d’Eric Gravel (2022), l’actrice principale incarne une mère célibataire dont les journées sous tension ressemblent à une course d’obstacles. S’il s’agit ici de pure fiction, le personnage rejoint les autres femmes précarisées, figures paroxystiques de l’invisibilité.
Ces films donnent à voir des territoires d’inégalités, parfois déclassés : des trains qui traversent la banlieue parisienne, des rues et des friches d’une ville du nord de la France, des zones portuaires, des lieux en limites géographiques où les vies sont ballottées dans une temporalité qu’elles ne maîtrisent pas (journées à rallonge, horaires décalés).
Les coups de projecteur sur des situations banales ou précaires, dans les métropoles ou les campagnes urbaines, fabriquent des héros du quotidien. Cela a au moins deux vertus : changer les représentations et construire de nouveaux récits. Mais, en regard de cette scénarisation de l’ordinaire forcément éphémère, la vie de ces invisibles (accès au logement, aux mobilités quotidiennes, aux services, droit à la ville…) ne semble guère s’améliorer. Aussi, ce dossier de CaMBo propose d’explorer les processus à l’oeuvre et les différents visages des invisibles de la métropole.


*Gilles Pinson (professeur des universités à Sciences Po Bordeaux et chercheur au Centre Émile Durkheim) est co-rédacteur en chef de la revue CaMBo (Cahiers de la métropole bordelaise) avec Françoise Le Lay (directrice adjointe de l'a-urba)


Publiée le 25 mai 2022

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